Les Québécois sont en train de prendre de nouvelles habitudes qui n’ont rien de réjouissant pour bon nombre de détaillants. Pas moins de 77 % ont moins envie de magasiner et lorsqu’ils achètent, leur sensibilité au prix atteint un sommet, révèle le Baromètre 2020 de la consommation responsable de l’ESG UQAM.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Notre mode de vie est en train de changer »

Les supermarchés, les quincailleries et les magasins d’articles de sport ne désemplissent pas depuis le début de la pandémie.

Mais pour bien d’autres détaillants, la pandémie est surtout une source de défis, confirment les données du rapport de l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) et de MBA Recherche dévoilé ce mercredi.

Plus de trois Québécois sur quatre ont moins envie de magasiner. Certains à cause du confinement (74 %), d’autres par conviction (55 %) ou parce qu’ils ont réalisé qu’ils avaient un penchant vers les achats superflus (54 %).

Pour l’économie en général (pensez taxes à la consommation, notamment) et les détaillants en particulier, ce n’est guère une bonne nouvelle. « La rupture sur la consommation pourrait être forte, affirme le professeur et directeur de l’OCR, Fabien Durif. Au fur et à mesure, on s’habitue à moins magasiner, aux magasins fermés et on réalise que nos achats n’ont pas tant d’impact sur notre bonheur. »

Et puis, à mesure que les mois passent, les habitudes s’ancrent. « Notre mode de vie est en train de changer », soutient l’expert qui scrute les comportements des consommateurs depuis 10 ans.

Le défi d’offrir une expérience agréable

Si les consommateurs perdent le goût de dépenser dans les magasins, c’est parce que « l’expérience est moins agréable », explique M. Durif en entrevue. Et ce n’est guère mieux en ligne.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable

Bien des défis attendent donc les détaillants. Ils doivent à la fois « redonner un sentiment de confiance » aux clients et ramener la notion de plaisir dans l’acte de magasiner « tout en ayant des mesures sanitaires ». Il leur faut aussi réfléchir à la question de l’expérience en ligne, et trouver de nouvelles stratégies pour motiver les consommateurs à sortir du confort de leur foyer.

Bref, c’est le temps d’innover.

En Europe, donne M. Durif en exemple, des détaillants de vêtements et même des épiciers ont intégré des rayons d’articles usagés. Comme l’a fait, plus près de nous, Simons au début de l’automne. Et ça fonctionne !

(Re)lisez notre texte sur la nouvelle stratégie de Simons

Les détaillants n’ont pas le choix de proposer une expérience nouvelle, de jouer sur les nouvelles tendances de consommation. Il faut créer un lien social, que le magasin devienne un lieu de vie avec une animation parce que ça va devenir plus complexe.

Fabien Durif

Du temps pour chercher les bas prix

Le Baromètre de la consommation responsable permet en outre de mesurer la sensibilité grandissante des Québécois envers les prix. « Comme toutes les crises, souligne le professeur Durif, celle-ci ramène la frugalité. »

En avril, 64 % des consommateurs comparaient les prix entre les produits. C’est passé à 67,3 % en juin puis à 73,3 % lors du dernier coup de sonde (du 22 septembre au 7 octobre 2020). En seulement quatre mois, le bond frôle les 10 %.

Même scénario en ce qui concerne la recherche de rabais, les comparaisons entre les commerces et l’achat de produits plus abordables. Il faut dire que les consommateurs ont généralement plus de temps à consacrer à ces comportements.

L’impact du Panier Bleu

L’engouement pour l’achat local est une autre tendance significative.

Ça n’a jamais été aussi fort. C’est la solution à court terme [pour les détaillants].

Fabien Durif

Les raisons pour acheter des produits du Québec ont par ailleurs changé : on le fait aujourd’hui pour soutenir l’économie de la province, et non pas uniquement pour la qualité intrinsèque du produit, par exemple.

Le Panier Bleu y est assurément pour quelque chose. D’ailleurs, un Québécois sur cinq l’utilise, ce qui « n’est pas rien, selon M. Durif. La notoriété est très élevée pour une plateforme qui existe depuis peu de temps ».