Les entreprises canadiennes ont réussi dans l’ensemble à bien surmonter la première vague de la pandémie de COVID-19, alors que plusieurs d’entre elles ont même profité de la situation extrêmement difficile pour améliorer leur processus d’affaires et investir dans les nouvelles technologies, selon une étude économique de la BDC dévoilée mercredi, qui nous révèle que 87 % des entrepreneurs canadiens se disent sûrs de pouvoir traverser la crise.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

La Banque de développement du Canada (BDC) a réalisé une enquête auprès de 1000 entreprises canadiennes et a constaté, sans surprise, qu’une grande majorité d’entre elles (76 %) ont souffert d’une chute de leurs revenus et de leurs profits durant les trois premiers mois de la pandémie.

La mise sur pause de plusieurs pans de l’économie entre les mois de mars et juin a entraîné des mises à pied dans 46 % des entreprises et a forcé plus de 40 % des PME au pays à s’endetter davantage.

Pierre Cléroux, économiste en chef de la BDC, souligne toutefois que les entreprises ont rapidement réussi à se relever malgré le contexte difficile dans lequel elles ont dû évoluer.

« On se retrouve aujourd’hui avec 96 % du niveau d’emploi que l’on enregistrait en février dernier. C’est une belle reprise même s’il y a des secteurs d’activité, comme la restauration, l’hébergement, le divertissement et l’industrie aéronautique, qui sont toujours en difficulté », relève l’économiste.

La première vague de la pandémie du printemps dernier a même eu le mérite, selon Pierre Cléroux, de forcer des entreprises à faire des choix et à investir davantage dans les nouvelles technologies.

« Durant le confinement du printemps, si les entreprises ont cessé de produire, elles n’ont pas cessé de travailler, elles ont dû revoir leurs procédés pour augmenter leur productivité et trouver le moyen de réduire leurs coûts d’exploitation pour surmonter la crise », observe-t-il.

Et les résultats ont été probants, puisque de nombreuses PME ont réussi à retrouver le niveau d’activité qu’elles affichaient avant le déclenchement du cataclysme sanitaire. De nombreuses entreprises se sont améliorées, mais elles sont davantage endettées qu’elles ne l’étaient il y a six mois, pourrait-on résumer.

La mise en place généralisée du télétravail et l’augmentation marquée des achats en ligne ont contribué à cette hausse des investissements en nouvelles technologies, puisque les entreprises ont dû rapidement s’adapter à cette nouvelle réalité ; et il s’agit d’une tendance qui est là pour longtemps.

L’étude de la BDC nous apprend en effet qu’une majorité d’entreprises entendent bien poursuivre le télétravail une fois que la crise aura été résorbée, tout comme elles comptent tirer parti des technologies pour hausser leur productivité.

Cinq priorités, une nouvelle vague

Les entrepreneurs canadiens ont ciblé cinq grandes priorités qui vont les guider au cours des prochains mois pour émerger de la crise, et c’est le redressement des finances qui arrive en tête de liste pour 39 % d’entre eux. On s’est endetté pour passer à travers les moments difficiles, il faut maintenant commencer à mieux équilibrer les livres en adoptant, par exemple, des plans de trésorerie hebdomadaires.

La deuxième priorité est de continuer de tirer avantage de la technologie pour accroître la productivité, réduire les coûts, suivre les tendances du secteur d’activité et prendre de l’expansion.

Le télétravail arrive au troisième rang des priorités des entrepreneurs pour traverser la crise. On veut poursuivre dans cette voie pour assurer la distanciation physique, mais aussi pour répondre aux demandes et aux besoins des employés.

Les entrepreneurs souhaitent aussi augmenter de façon importante les ventes en ligne pour mieux répondre aux besoins grandissants du marché, tout comme ils entendent donner la priorité au retour à la croissance dès que l’épidémie de COVID-19 sera chose du passé.

« Beaucoup d’entreprises ont cherché à sauver les meubles durant la première vague du printemps dernier. Plusieurs ont eu recours à des financements d’urgence pour passer la période de confinement. Mais avec la reprise graduelle des activités, il y a des entrepreneurs qui voient maintenant les occasions de croissance qui s’offrent à eux, que ce soit une acquisition ou un nouveau marché à développer et ils veulent en profiter », observe Pierre Cléroux.

Évidemment, cette dynamique de priorités s’inscrit dans un scénario de retour à la normale. Or, on ne sait pas avec quelle virulence frappera la nouvelle vague que l’on voit clairement se dessiner et qui semble pour le moins menaçante.

Le vrai retour à la normale, anticipe Pierre Cléroux, ne se fera pas avant la fin de 2021, une fois que l’on aura trouvé et éprouvé un vaccin qui pourra mettre un terme à l’expansion de la pandémie.

Le vrai retour à la normale s’observera aussi lorsque nos centres-villes reprendront vie et que nos réseaux de transports en commun afficheront une fréquentation correspondant aux coûts de leur maintien en activité, et ça, malheureusement, on ne le voit pas venir encore.