(Washington) Les Américains toucheront-ils des aides du gouvernement avant l’élection ?

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

La confusion régnait mercredi sur ce coup de pouce, jugé crucial pour relancer l’économie durement affectée par la pandémie, mais que Donald Trump a brutalement reporté mardi. La rupture des négociations a provoqué un tollé jusque dans son camp, avant que le président ne demande des mesures ciblées.

La Maison-Blanche tentait de rassurer après le coup de tonnerre suscité par le chef de l’État, promettant qu’il n’avait pas l’intention d’abandonner les Américains.

Son chef de cabinet, Mark Meadows, a assuré que le gouvernement fédéral était disposé à injecter 1600 milliards de dollars.

« Nous sommes toujours prêts à nous engager, mais je ne suis pas optimiste pour un accord global », a-t-il déclaré sur la chaîne Fox News, lançant ensuite une offensive contre les démocrates, notamment contre Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, accusée de ne pas négocier de « bonne foi ».

Mme Pelosi veut un plan de soutien économique plus vaste comprenant des aides aux ménages, aux entreprises, aux collectivités locales et à différents services publics. Le montant est évalué à au moins 2200 milliards de dollars.

Donald Trump cherche à « rattraper la terrible erreur qu’il a faite hier » (mardi), a-t-elle déploré, interrogée sur la chaîne ABC.

« Il est très important pour nous d’arriver un accord », a ajouté la responsable démocrate, qui a, selon son porte-parole, eu un échange téléphonique infructueux mercredi avec le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin.

À quatre semaines des élections, il y a peu de chances que les démocrates accèdent aux demandes présidentielles.

« Énorme erreur »

« Je ne pense pas que la reprise dépende d’un énorme programme d’aides », a martelé le conseiller économique de la Maison-Blanche Larry Kudlow sur la chaîne CNBC, privilégiant « plusieurs mesures » pour « des secteurs spécifiques de l’économie ».

Il s’agirait d’« aider les compagnies aériennes, les petites entreprises, et le peuple américain avec des chèques directs, et nous espérons réussir à convaincre (Nancy) Pelosi », a détaillé Mark Meadows.

Les compagnies aériennes, durement touchées par les conséquences de la pandémie de COVID-19, ont annoncé récemment des licenciements massifs, faute d’accord sur de nouvelles aides pour le secteur.

A moins d’un mois d’une élection présidentielle particulièrement clivante, et alors que 12,6 millions d’Américains sont au chômage, des dizaines de milliers de nouveaux demandeurs d’emploi jetteraient une ombre de taille sur le bilan de Donald Trump.

D’autant que le milliardaire, qui brigue un second mandat, s’est toujours vanté d’avoir insufflé un vent nouveau à l’économie depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Il se présente aussi comme le candidat le plus à même de relancer la croissance, au ralenti depuis la pandémie.

La Maison-Blanche cherchait aussi à rassurer les marchés, notamment la Bourse de New York, dont les records sont présentés par Donald Trump comme le signe d’un bon bilan économique.

Au lendemain de sa sortie de l’hôpital où il était traité après avoir été testé positif à la COVID-19, le président américain avait brutalement annoncé mardi la fin des négociations sur un stimulus jusqu’à l’élection, une décision condamnée dans son propre camp, notamment par des élus dont les sièges sont menacés lors des élections du 3 novembre.

C’est une « énorme erreur », avait ainsi réagi, dans un communiqué, la sénatrice républicaine Susan Collins.

« Je désapprouve le président », avait tweeté John Katko, élu républicain de New York à la Chambre des représentants.

Face à ces réactions, Donald Trump a dû nuancer son propos dans la soirée, évoquant par tweet des mesures ciblées.

« Vital »

Républicains et démocrates venaient pourtant de reprendre les discussions pour rallonger le gigantesque plan d’aide de 2200 milliards de dollars adopté au mois de mars, et auquel 500 milliards avaient déjà été ajoutés en avril.

Ces rencontres de nouveau quotidiennes entre les deux partis avaient suscité beaucoup d’optimisme.

La première économie mondiale, mise à genoux par les conséquences de la pandémie, a besoin de ces nouvelles aides pour se relancer, plaident les économistes de tous bords depuis des semaines.

Il faut « mettre de l’argent entre les mains des personnes qui ont perdu leur emploi, et pour soutenir les petites entreprises afin que nous n’ayons pas cette vague continue de faillites dans toute l’économie, il est vital qu’ils bougent rapidement », a alerté Neel Kashkari, un responsable de la Banque centrale américaine (Fed).

La veille, c’est le président de cette vénérable institution, Jerome Powell, qui avait mis en garde contre des conséquences « tragiques » en cas d’absence de soutien fort à l’économie.