Le système monétaire international a un maître et c’est le dollar américain. On l’a constaté encore en mars dernier, quand la crise du coronavirus a déclenché une ruée vers la devise américaine, toujours considérée comme la valeur refuge des investisseurs inquiets.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Cette domination du dollar américain remonte à la fin de la Première Guerre et s’est accentuée à la fin du second conflit mondial, quand les économies d’Europe se sont écroulées. À l’époque, la devise américaine avait l’avantage d’être liée au prix de l’or, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. C’est la confiance, et seulement la confiance, qui maintient aujourd’hui le statut du dollar US.

Cette confiance s’effrite. La proportion de dollars américains dans les réserves des banques centrales est en baisse au fil des ans. Depuis 20 ans, le poids de la devise américaine a été réduit de 10 points de pourcentage, selon le Fonds monétaire international. Il laisse la place à d’autres valeurs considérées sûres, comme l’euro, le yen et le renminbi (yuan) chinois. Même le dollar canadien se fait une place dans les réserves de devises étrangères des pays industrialisés, depuis qu’il fait partie du club sélect des pays qui jouissent d’une cote de crédit AAA.

L’or connaît aussi un regain de popularité dans la composition des réserves des banques centrales, ce qui peut être un indice d’une perte de confiance envers la devise américaine et explique en partie pourquoi le prix du métal jaune fracasse des records en cette période d’incertitude extrême.

Les signes de faiblesse du dollar américain se multiplient, ont observé les participants à un forum de Reuters la semaine dernière. Des économistes de Goldman Sachs ont aussi noté que « des inquiétudes réelles commencent à apparaître quant au maintien du dollar US comme monnaie de réserve », rapporte l’agence de presse.

La première source d’inquiétude des économistes est l’endettement des États-Unis, déjà très élevé avant la pandémie, qui ne cesse d’augmenter. La dette américaine est sur le point de passer le cap des 130 % du produit intérieur brut du pays et les agences de crédit, dont Fitch tout récemment, lèvent le drapeau rouge.

Le maintien de taux d’intérêt très bas rend les obligations du Trésor américain moins intéressantes pour les investisseurs, ce qui affaiblit aussi la devise américaine. Actuellement, le rendement des obligations de 10 ans est négatif, compte tenu de l’inflation.

La gestion boiteuse de la crise du coronavirus par le gouvernement américain laisse croire que les taux d’intérêt sont pour longtemps au plancher et que l’inflation viendra réduire davantage l’attrait de la devise.

Des questions se posent aussi sur le déclin de l’influence des États-Unis dans le monde. Le pays dont la monnaie sert de réserve dispose d’un pouvoir important sur l’économie mondiale qui vient normalement avec des obligations.

Le désengagement des institutions de coopération internationale amorcé par l’actuel gouvernement accélérera peut-être la diversification des réserves de change des banques centrales.

Le remplacement du dollar américain comme monnaie refuge n’est pas pour demain. Encore faudrait-il lui trouver un remplaçant. Les prétendants comme l’euro ou le renminbi sont encore loin d’être à la hauteur.

L’euro a l’avantage de regrouper 19 économies différentes, ce qui force la collaboration entre les pays, mais chaque crise qui frappe l’Union européenne menace de la faire éclater. Quant au renminbi, qui sera bientôt la devise de la première économie mondiale, il risque de souffrir longtemps de l’opacité du régime chinois.