Un billet d’avion à moitié prix, des nuits d’hôtel gratuites et un accès sans frais à tous les musées et monuments historiques. Qui dit mieux ? La Sicile veut que les touristes reviennent et accepte d’y mettre le prix avec des offres qui pourraient lui coûter 50 millions d’euros.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Ce n’est pas le seul pays à faire des efforts extraordinaires pour faire revenir les visiteurs étrangers. Majorque a déjà rouvert ses frontières à des vols nolisés en provenance de l’Allemagne, pays relativement épargné par la COVID-19. Et Cuba accueille les visiteurs étrangers dans les hôtels situés dans ses îlots isolés. À des prix bien tentants, surtout pour ceux qui n’ont pas réussi à dénicher un chalet pour les vacances, même à prix d’or. Reste à voir si le goût du large sera plus grand que la peur du virus.

L’industrie touristique est devenue un moteur économique puissant. Plus de 300 millions d’emplois dans le monde en dépendent, selon la plus récente estimation de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement. Pour beaucoup de pays, c’est la principale ou la seule ressource de revenus et d’emplois.

Tous les pays vont souffrir de l’absence de touristes étrangers cette année, y compris le Canada et le Québec. Mais certains beaucoup plus que d’autres. Les pays les plus visités au monde seront moins touchés, parce que leur secteur touristique ne représente pas une part aussi importante de leur économie que des pays plus petits, qui dépendent davantage du tourisme.

Prenons le cas de la France qui, année après année, reçoit le plus grand nombre de touristes étrangers. Malgré son importance, l’industrie touristique française représente 8,5 % du produit intérieur brut du pays. C’est plus qu’au Canada (6,3 % du PIB), mais moins qu’en Espagne (14,3 % du PIB) ou en Italie (13 % du PIB).

C’est surtout bien moins que beaucoup d’autres pays, comme la Croatie (20 % du PIB) ou Macao, en Chine (74 %). Dans beaucoup d’îles au climat paradisiaque, le tourisme pèse aussi très lourd. C’est le cas de Cuba, mais aussi de la République dominicaine, des Seychelles, de Saint-Kitts-et-Nevis ou de Samoa, où le tourisme représente 50 % et plus de l’économie.

Les pays de l’Union européenne pourront se visiter entre eux cet été, sans s’imposer de quarantaine, ce qui atténuera l’impact de la crise. Mais la plupart des pays dont l’économie dépend le plus du tourisme n’ont aucun moyen d’atténuer le choc.

Trois scénarios

L’étude de l’impact de la crise du coronavirus sur l’industrie touristique mondiale que vient de publier la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement détaille trois scénarios, du plus pessimiste au plus optimiste.

Le scénario modéré prévoit une paralysie du secteur touristique qui durerait huit mois et le plus pessimiste, un arrêt complet d’un an. Dans le scénario modéré, les pertes de revenus globales pourraient atteindre plus de 2000 milliards, et c’est surtout les grands pays comme la Chine et les États-Unis qui perdraient le plus.

En matière d’impact sur l’économie, c’est-à-dire en tenant compte de l’effet direct et indirect de l’absence de touristes, le portrait est différent. Ce sont les pays petits et pauvres qui encaisseront le plus grand choc.

Si le secteur touristique reste paralysé plus longtemps, les pertes et les dommages économiques iront croissant, surtout pour les travailleurs de l’industrie touristique, de la main-d’œuvre peu qualifiée majoritairement composée de jeunes et de femmes dans les pays les plus dépendants du tourisme.

Ceux que l’envie de voyager démange et qui se passeront de vacances à l’étranger cette année devraient avoir une bonne pensée pour tout ce monde. Il y a pire que des vacances confinées chez soi : les longues vacances forcées, et sans salaire, qui s’annoncent pour beaucoup de monde.

Consultez l’étude (en anglais)