Aéroports de Montréal devra retourner en appel d’offres pour faire construire la gare du REM sous son stationnement étagé. L’organisme, qui avait à l’origine annoncé que cette gare coûterait environ 250 millions de dollars, anticipe maintenant une facture deux fois plus élevée.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Aéroports de Montréal (ADM), qui a lancé la semaine dernière un appel à l’aide aux gouvernements fédéral et provincial à cet effet, estime maintenant à entre 500 et 600 millions de dollars le coût de construction de la gare du REM devant desservir ses installations. C’est deux fois plus que les premières évaluations, réalisées il y a quelques années, en début de projet.

La construction doit faire l’objet d’un nouvel appel d’offres bientôt. Un consortium formé de Pomerleau, SNC-Lavalin et Kewit (PSK) avait déjà été sélectionné pour le faire et les travaux avaient débuté en juillet 2019, mais le contrat a dû être annulé.

La pandémie et ses impacts majeurs sur le transport aérien ont forcé ADM à annoncer en avril la suspension de la majorité de ses projets d’infrastructures, afin de limiter ses sorties d’argent pendant que ses revenus ont presque chuté à zéro.

La principale victime de cette mise sur pause a été le projet « côté ville » d’ADM, dont la facture devait s’élever à 2,5 milliards. Celui-ci incluait la gare, mais aussi une refonte complète du stationnement à étages et du débarcadère de l’aéroport Montréal-Trudeau.

ADM entend néanmoins poursuivre la construction de la gare du REM, un projet jugé prioritaire. Pour ce faire, elle devra donc lancer cet automne un nouvel appel d’offres excluant les autres portions du projet « côté ville ».

Hausse des coûts

Dans le cadre de son assemblée annuelle, lundi, ADM a expliqué que la hausse des coûts était entre autres attribuable à la détermination qu’il faudrait construire une gare avec voie double, plutôt que simple, afin de maintenir la fluidité de la circulation après 2035, compte tenu des prévisions de hausse de l’achalandage.

On note aussi que l’évaluation de 250 millions de dollars n’incluait que la gare elle-même, et non les passages et ascenseurs nécessaires pour faire le lien avec l’aérogare ou encore la démolition d’une partie du stationnement étagé, nécessaire au projet.

L’organisme aura besoin d’un prêt des gouvernements couvrant l’ensemble du projet, a réitéré lundi le président-directeur général d’ADM, Philippe Rainville.

Compte tenu de notre situation financière, les conditions de remboursement du prêt et le paiement des intérêts devront être souples, étendus dans le temps et liés à notre performance. Les gouvernements se sont montrés sensibles à notre demande et nous espérons que les discussions s’activeront cet été.

Philippe Rainville, président-directeur général d’ADM

À défaut d’obtenir ce prêt, les travaux de construction prendront fin à l’automne et la gare, l’un des points de mire du futur réseau du REM, prendra inévitablement du retard, a-t-il prévenu.

Baisse des revenus : deux fois pire

ADM a aussi profité de son assemblée annuelle, lundi, pour annoncer qu’elle anticipait dorénavant une chute de 60 % de ses revenus en 2020. C’est presque deux fois plus que les 35 % d’abord prévus au mois d’avril. C’est donc plus de 425 millions de dollars qui manqueront au budget. L’organisme brûle actuellement environ 15 millions de dollars par mois de liquidités, a annoncé sa chef de la direction financière, Ginette Maillé.

Aéroports de Montréal a terminé l’année 2019 avec des revenus records de 707 millions et un bénéfice avant impôts, intérêts et amortissement de 353 millions. Il avait commencé l’année avec des hausses de 4 % et 7 % du nombre de passagers lors des mois de janvier et février.

L’organisme a conclu en avril une émission d’obligations de 500 millions de dollars, la plus importante de son histoire. Celle-ci devait à l’origine servir à financer les projets de construction. Elle a été maintenue malgré la suspension de ces projets et fournira des liquidités permettant de traverser la crise.

Vers des heures réduites

S’il n’avait pas été désigné par Ottawa comme l’un des quatre aéroports au pays aptes à recevoir des vols internationaux durant la période de crise, Montréal-Trudeau aurait peut-être été jusqu’à réduire ses heures d’ouverture, a fait savoir M. Rainville lundi. Cette désignation force l’aéroport à maintenir un certain niveau de services, et touche ainsi sa capacité à réduire ses dépenses.

« On aurait été plus sévères sur les vols qu’on aurait laissés arriver à Montréal-Trudeau, a indiqué M. Rainville. D’autres aéroports au pays auraient peut-être carrément envisagé la fermeture. Mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps, sinon on en viendra peut-être à des mesures plus strictes. »

Travaux en cours, travaux suspendus

En plus des travaux préparatoires à la gare du REM, Montréal-Trudeau poursuit la construction d’un nouveau stationnement, le P4, qui était presque achevée, et la réfection des extrémités de la piste 06G-24D, actuellement fermée. La réfection du centre de cette piste, qui devait s’effectuer dans une deuxième phase et était évaluée à 65 millions, est quant à elle suspendue.

ADM a aussi reporté l’aménagement d’une salle de bagages plus grande. Les projets de construction d’une nouvelle jetée, dans les cartons, mais encore lointains, ne sont évidemment plus dans les priorités.

Mesures sanitaires « plus sévères » qu’ailleurs

M. Rainville reconnaît que la direction de l’aéroport a été « prise par surprise » au début de la crise et n’a peut-être pas mis en place toutes les mesures sanitaires qui auraient dû s’imposer. Le temps écoulé depuis lui a permis d’évoluer et de mettre en place de nouvelles mesures entrées en vigueur lundi.

« On s’est renseignés, on a passé du temps avec les directions de santé publique du Canada et du Québec, et on a choisi le plus grand dénominateur commun », a-t-il résumé.

Selon lui, l’aéroport Montréal-Trudeau est maintenant « peut-être plus sévère » que d’autres aéroports au pays, notamment en contrôlant la température dès l’entrée dans le terminal, plutôt que seulement aux points de fouille.

Quant aux passagers qui arrivent de l’étranger, ils ont déjà fait l’objet d’un contrôle obligatoire par les compagnies aériennes, a indiqué M. Rainville. Selon lui, le rappel du confinement obligatoire de 14 jours lors de l’entrée au Canada est aussi plus clair qu’il ne l’a déjà été.

Spectacles dans les stationnements

Les stationnements des aéroports de Mirabel et Dorval serviront de salles de spectacle au cours des prochaines semaines. Le festival TD Musiparc s’arrêtera à Mirabel, tandis que le festival d’humour FAUV utilisera le stationnement P11 de Montréal-Trudeau. D’autres annonces pourraient survenir incessamment, a indiqué la direction d’ADM lundi.