(Washington) L’ampleur du désastre économique provoqué aux États-Unis par la pandémie de COVID-19 commence à apparaître, alors que se succèdent les chiffres vertigineux de la chute de l’activité et des revenus des entreprises de la première économie du monde.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

La consommation, moteur de la croissance américaine, a calé dès le mois de mars. La pandémie de COVID-19 s’étendait alors aux États-Unis et les habitants étaient progressivement appelés à ne pas sortir de chez eux pour enrayer la propagation du virus.

Les ventes au détail ont ainsi chuté de 8,7 % par rapport à février, a annoncé mercredi le département du Commerce.

Les magasins de vêtements et accessoires ont vu leurs ventes chuter de moitié, alors qu’une large partie de la population travaille désormais à domicile en survêtement, et que nombre de magasins sont fermés.

Les restaurants et bars ont également souffert. Beaucoup ont, au cours du mois de mars, dû fermer leurs portes, et leurs recettes ont chuté de 26,5 %.

Désormais incontournables pour se nourrir, les magasins d’alimentation et de boissons, commerces essentiels qui sont restés ouverts, ont en revanche vu leurs ventes grimper de 25,6 %.

L’activité économique américaine « s’est contractée vivement et soudainement » en raison des mesures de confinement, selon le Livre Beige de la Banque centrale américaine (Fed) également publié mercredi.

Les secteurs les plus touchés ont été les loisirs et l’hébergement, ainsi que les ventes au détail – hors biens essentiels – selon cette étude réalisée auprès des entreprises du pays, interrogées avant le 6 avril.

« La plupart » des entreprises « s’attendent à une détérioration des conditions au cours des prochains mois », a estimé la Fed.

Usines fermées

« Même si l’économie commence à rouvrir en mai, le comportement des consommateurs peut prendre du temps à s’adapter. Le chemin de la reprise pourrait être long et lent », selon le chef économiste de la fédération nationale des détaillants (NRF), Jack Kleinhenz.

Les analystes d’Oxford Economics s’attendent à ce qu’au deuxième trimestre, les ménages dépensent près de deux fois moins qu’à la même période l’an passé.

Or la consommation des ménages représente 70 % du PIB américain.

Les usines ont elles aussi peu à peu fermé ou ralenti la cadence le mois dernier, et la production industrielle a chuté de 5,4 % par rapport au mois de février, selon les données publiées mercredi par la Fed.

Il s’agit de la plus importante chute enregistrée depuis janvier 1946, et « la plupart des grandes industries ont enregistré des baisses, la plus forte baisse ayant été enregistrée par les véhicules automobiles et leurs pièces », détaille l’institution.

Dans la région de New York, épicentre de la pandémie aux États-Unis, l’activité manufacturière a même chuté, début avril, à son niveau le plus bas de l’histoire, a indiqué mercredi la Fed de New York.

Le chômage va grimper

Depuis la mi-mars, le chômage ne cesse de grimper aux États-Unis, et évolue à des niveaux jamais vus.

En seulement trois semaines, le marché du travail qui s’affichait au meilleur de sa forme depuis 50 ans s’est effondré au point de forcer 16,7 millions de personnes à remplir un dossier de demande d’allocation.

Les suppressions d’emplois vont se poursuivre, note encore la Fed dans son Livre Beige.

La situation est mauvaise dans toutes les régions, et les entreprises ont eu recours à des « licenciements temporaires » et des congés, disent espérer un retour à la normale lorsque l’activité redémarrera.

Les grandes banques américaines ont prévenu qu’elles s’attendaient à une avalanche d’échéances de prêts non remboursés de la part des particuliers et des entreprises.

Le gigantesque plan d’aide américain, doté au total de 2200 milliards de dollars, doit aider la première économie mondiale à passer cette crise sans précédent.

Ainsi, les ménages ont commencé à recevoir des chèques du gouvernement, de 3400 dollars par exemple pour une famille de deux adultes et deux enfants.

Des liquidités sont aussi mises à disposition sous forme de prêts pour les entreprises, notamment petites et moyennes, via plusieurs dispositifs, pour qu’elles puissent continuer à payer leurs employés, et évitent de licencier.

Le virus avait fait mercredi 27 085 morts aux États-Unis et contaminé 614 482 personnes, selon le comptage officiel réalisé par l’Université américaine Johns Hopkins.