Oui, bon, c’est SNC-Lavalin et l’immobilier qui ont fait mal au portefeuille de la Caisse de dépôt cette année, selon ce qu’en dit le nouveau PDG, Charles Émond.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

À y regarder de plus près, cependant, on constate que 2019 a été très ordinaire à plusieurs égards. En résumé, quatre des cinq grands portefeuilles de la Caisse ont eu des rendements inférieurs à leur indice de référence.

Plus précisément, les gestionnaires des portefeuilles Immeubles, Infrastructures, Marchés boursiers et Placements privés ont échoué à faire mieux que leur indice, parfois de beaucoup. Seuls les responsables du portefeuille Revenu fixe ont tiré leur épingle du jeu, notamment grâce au crédit aux entreprises privées.

Or, dans les milieux financiers, c’est connu, la performance se mesure par la plus-value qu’apportent les gestionnaires par rapport aux portefeuilles comparables, qui ont un même niveau de risque.

Il faut dire que les attentes étaient élevées cette année. Les marchés boursiers ont donné des rendements exceptionnels aux petits investisseurs en 2019. La Bourse de Toronto a grimpé de 22,9 % (indice S&P/TSX) et le marché américain, de 31,5 % (indice S&P 500). Les marchés mondiaux ? De 21,9 % (indice MSCI Monde).

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

« Comme son prédécesseur Michael Sabia, Charles Émond a pris soin d’expliquer que c’est le long terme qui compte et qu’à ce chapitre, la Caisse continue de battre les indices », écrit notre chroniqueur.

En ajoutant les titres obligataires et le reste, les fonds diversifiés ont procuré un rendement médian de 15,8 % aux investisseurs, selon la firme Morneau Shepell. Alors, la Caisse, avec ses 10,4 %, déçoit bien des petits investisseurs qui ont fait beaucoup mieux.

Comme son prédécesseur Michael Sabia, Charles Émond a pris soin d’expliquer que c’est le long terme qui compte et qu’à ce chapitre, la Caisse continue de battre les indices, avec un respectable résultat de 8,1 % de rendement sur cinq ans (contre 7,2 % pour l’indice de référence). Le portefeuille global de la Caisse donne des résultats moins volatils d’une année à l’autre.

Il a aussi répété que l’objectif ultime de la Caisse était d’offrir à ses déposants, dont Retraite Québec, la CCQ ou le RREGOP, un rendement des fonds de 6 % à long terme, rendement qui leur permet de remplir leurs obligations auprès des futurs retraités. Or, sur 10 ans, la Caisse a offert 9,2 % de rendement (8,2 % pour l’indice comparable).

L’un des aspects qui ont retenu mon attention dans la présentation est l’analyse financière et économique des marchés et, en particulier, la grande différence entre la croissance de l’économie réelle et celle des marchés.

Ainsi, depuis cinq ans, les marchés boursiers grimpent de 6 à 14 % par année, en moyenne, alors que le produit intérieur brut mondial, lui, augmente de 3 à 4 % par année, après inflation.

Autre élément inquiétant : aux États-Unis, en 2019, 90 % de la progression de l’indice phare S&P 500 ont été attribuables à la croissance des multiples boursiers et aucunement à l’augmentation des profits. En comparaison, l’augmentation des profits a expliqué 77 % de la progression des titres boursiers au cours de la décennie 2010-2019, et 67 % au cours de la décennie précédente.

« Face à un écart qui se creuse entre la performance réelle de l’économie et celle des marchés, en plus de plusieurs autres indicateurs qui nous incitent à la prudence, il sera important de faire évoluer notre stratégie tout en continuant de gérer de façon prudente et agile », a déclaré Charles Émond.

Les tendances de fond ne pointent d’ailleurs pas vers une croissance mirobolante de l’économie mondiale au cours des prochaines années. La population qui travaille et consomme, âgée de 15 à 64 ans, croît de moins en moins rapidement partout dans le monde, même dans les pays émergents, a expliqué l’économiste en chef de la Caisse, Martin Coiteux.

Autre indicateur intéressant : la croissance de la productivité, qui est un élément central de l’augmentation du niveau de vie et des profits des entreprises, augmente de moins en moins rapidement dans les pays du G7. Elle est de 1 % ou moins depuis 10 ans, contre plus de 2 % dans les années 80 et 90.

Qui plus est, les banques centrales du monde, qui pratiquent une politique monétaire d’assouplissement depuis 2019, auront peu de marge de manœuvre pour baisser les taux d’intérêt s’il survient une récession ou une crise financière. Bref, il y a beaucoup d’incertitudes.

Jeu de prédictions

Par ailleurs, un petit mot sur la prédiction annuelle de la section Affaires de La Presse concernant le rendement de la Caisse. Douze journalistes ont tenté, sans prétention, de deviner le rendement que nous présenterait la Caisse de dépôt cette année. Les prédictions ont oscillé entre 5,3 % et 17,5 %. La mienne ? 15 %.

Deux sont tombés très près, dont mon patron, pour la deuxième année de suite. Et ironiquement, la moyenne des prédictions des 12 journalistes arrive pile sur le rendement de la Caisse, soit 10,4 %.