(QUÉBEC) Les tensions entre le Canada et la Chine ont causé des pertes d’environ 119 millions de dollars aux producteurs de porc québécois. Alors que le dossier de l’arrestation par le Canada – à la demande des États-Unis – de Meng Wanzhou, dirigeante du géant chinois Huawei Technologies, n’est toujours pas réglé, le gouvernement Trudeau doit reprendre le contrôle rapidement de ses relations avec Pékin, estime l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Dans le cas de Huawei, ce qui est très préoccupant pour le Canada, c’est qu’on se fait dicter notre politique vis-à-vis la Chine par M. Trump », a déclaré M. Charest mercredi, au cours d’une conférence prononcée dans le cadre du Porc Show, événement annuel réunissant les principaux acteurs de l’industrie porcine au pays. « Honnêtement, ça nous place dans une situation intenable. On n’a jamais dans l’histoire vécu ça avant. J’espère que ça va bien finir », a-t-il indiqué.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean Charest

Rappelons que pendant près de quatre mois, la Chine a fermé ses frontières au porc canadien, faisant perdre 119 millions de dollars aux producteurs québécois. Un impact qualifié « d’énorme » par Les Éleveurs de porcs du Québec. Selon le syndicat, les producteurs gagneront cette année juste assez pour essuyer leurs coûts de production. La décision de ne plus importer de porc canadien aurait notamment été liée à l’arrestation de Meng Wanzhou.

« Espérons que le gouvernement canadien va reprendre en main sa propre politique et qu’elle ne soit pas dictée par un voisin qui, lui, poursuit un objectif qui est le sien et qui n’aura aucun intérêt pour le Canada », a ajouté celui qui est maintenant associé au cabinet McCarthy Tétrault.

Rebâtir des liens

Interrogé par les médias à l’issue de la conférence donnée par Jean Charest, le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, affirme pour sa part que le gouvernement canadien doit travailler à rebâtir une « relation plus intime » avec la Chine. « C’est sûr qu’on ne veut pas être le dindon pis la farce là-dedans, a-t-il lancé sans détour. On ne veut pas passer en second. On a bâti à travers les 50, 60 dernières années un canal avec les Chinois. On a une bonne relation avec eux autres, on ne veut pas la perdre. Là, on l’a perdue en l’espace de quelques mois à cause de Huawei. Il ne faut pas que ça se répète. »

[Huawei], c’est toujours un nuage qui subsiste. Ma perception, c’est que les Américains s’en servent pour amener quelque chose qui va être à notre désavantage. Et ça, c’est inadmissible.

David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec

En attendant, alors que les frontières chinoises sont à nouveau ouvertes à la viande porcine d’ici, les producteurs ont bien l’intention de profiter de la demande grandissante. La Chine compte parmi les plus importants pays importateurs de porc canadien, avec les États-Unis et le Japon.

« [Environ] 50 % du cheptel chinois a disparu en l’espace d’une année et on va être là pour leur fournir ce dont ils ont besoin, affirme M. Duval. Le volume que les Chinois ont perdu représente tellement. Cette année, il y a des pays qui n’exportaient pas de viande qui se sont mis à exporter tellement la demande est importante. On a notre place. »