Saviez-vous que les Québécois n’ont jamais autant épargné depuis un quart de siècle ? Que les recettes d’impôts des particuliers versées au gouvernement atteignent un sommet ? Et que notre péréquation commence à diminuer, en termes relatifs ?

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Voilà trois bonnes nouvelles qui se retrouvent dans Le point sur la situation économique et financière du Québec, présenté jeudi dernier par le ministre des Finances, Eric Girard. Dans le feu roulant de l’actualité, elles sont passées plutôt inaperçues.

Premier point, qui en surprendra plusieurs : le taux d’épargne des Québécois atteint maintenant 6,2 %, un niveau qui ne s’était pas vu depuis 1996, il y a près d’un quart de siècle.

Après un recul, la remontée du Québec s’est graduellement faite à partir de 2005, comme dans bien d’autres provinces. Sauf qu’au Québec, elle s’est poursuivie après 2013, ce qui n’est pas le cas en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique et dans les Maritimes. En 2005, le taux d’épargne des Québécois était de 2,6 %.

Pour être plus précis, le taux d’épargne de 6,2 % est pour l’année 2018 et, pure coïncidence, il a été révisé à la hausse par Statistique Canada le même jour que le dépôt du mini-budget (Statistique Canada l’estimait à 5,4 % dans les données précédentes). Dans sa mise à jour budgétaire, Québec estimait que ce taux serait de 5,9 % en 2019 et de 6,1 % en 2020, mais les données révisées montrent que ce cap a déjà été franchi.

« La volonté des ménages de faire preuve de prudence se traduira par la remontée de leur taux d’épargne [en 2020] », estime le ministère des Finances.

Le taux d’épargne, précisons-le, n’est pas mesuré par un sondage auprès des ménages. Il s’agit plutôt d’une donnée agrégée qu’utilise Statistique Canada dans le système de comptabilité nationale. Le taux correspond plus spécifiquement à l’épargne de l’ensemble des ménages québécois (15,6 milliards en 2018) divisé par leurs revenus personnels disponibles (251 milliards). Malgré ses limites, c’est le meilleur indicateur sur le sujet, utilisé depuis très longtemps.

GRAPHIQUE FOURNI PAR THOMSON REUTERS

Taux d’épargne des ménages au Québec et en Ontario

Certains feront remarquer que paradoxalement, le taux d’endettement augmente. Trois choses à ce sujet. D’abord, le phénomène est moins important au Québec que dans le reste du Canada. Ensuite, cette dette, principalement hypothécaire, a certes augmenté, mais la valeur de l’actif également. Enfin, les taux d’intérêt ont été en baisse ces dernières années, diminuant la part relative que les ménages consacrent au remboursement de leurs dettes, laissant ainsi un espace pour l’épargne.

Hausse des recettes d’impôts

La remontée du taux d’épargne s’explique notamment par la forte création d’emplois, qui permet à un nombre plus grand de ménages de mettre des sous de côté. Le ministère des Finances note d’ailleurs dans son mini-budget que l’ensemble des salaires et autres traitements s’est accru de 5,2 % en 2018 et grimpera probablement de 5,4 % en 2019. Ces deux années consécutives de croissance supérieure à 5 % seraient une première depuis l’an 2000, il y a près de 20 ans.

De telles hausses de la masse salariale des Québécois font l’affaire du gouvernement. Ainsi, malgré les baisses d’impôt des dernières années, Québec empoche davantage de recettes tirées de l’impôt des particuliers. Cette année, il en empochera 33,2 milliards, soit 4,6 % de plus que l’an dernier. L’an prochain, en 2020-2021, la somme devrait grimper à 35,1 milliards, en hausse de 5,6 % sur cette année, prévoit le ministère des Finances.

Baisse relative de la péréquation

Ces paramètres favorables au Québec ont pour effet de faire baisser la part du total de la péréquation canadienne que reçoit le gouvernement Québec du fédéral. La péréquation, faut-il le rappeler, est un programme de rehaussement de la richesse fiscale des provinces pauvres vers la moyenne canadienne. Comme le Québec s’enrichit, sa part baisse.

Cette année, le Québec reçoit 13,1 milliards, ce qui représente 66,2 % de l’enveloppe totale de péréquation de 19,8 milliards. Cette part reculera progressivement jusqu’à 59,6 % d’ici quatre ans.

Malgré cette baisse relative, la somme que recevra le Québec restera autour de 13,1 à 13,6 milliards. Cette apparente contradiction s’explique par le fait que l’enveloppe globale que consacre le fédéral au programme grimpe au rythme de la croissance économique, mesuré par le produit intérieur brut (PIB). Bref, la somme globale grossit, mais celle du Québec reste à peu stable, ce qui fait baisser la part relative du Québec.

DBRS, de Toronto, s’ajuste enfin

Lundi, l’agence de notation DBRS Morningstar, de Toronto, a finalement remonté la cote de crédit du Québec, la faisant passer de A (élevée) à AA (faible). Ce faisant, l’agence remonte la cote à un niveau semblable à celui des quatre autres principales agences mondiales de crédit.

Auparavant, la dernière à avoir ajusté sa cote pour refléter la santé financière du Québec était l’agence new-yorkaise Standard & Poors. La remontée de sa cote du Québec date de juin 2017, il y a déjà deux ans et demi.

Question : comment expliquer que l’agence de Toronto ait autant tardé à attribuer une cote très solide au Québec, alors que les agences de New York, de Londres et de Tokyo l’avaient fait depuis longtemps ? Est-ce un biais défavorable de l’autre solitude envers le Québec ? Nul n’est prophète en son pays, il faut croire.