En apparence, tout baigne. Vue du Québec, en tout cas, la possibilité d’une récession semble bien lointaine. Le taux de chômage est à son plus bas de tous les temps, et l’économie rugit : encore la semaine dernière, les économistes de la Banque Royale ont relevé de 2 % à 2,4 % le rythme de croissance prévu pour le Québec en 2019.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Après 10 ans de croissance ininterrompue, le cycle économique actuel semble vouloir se poursuivre indéfiniment.

Aux États-Unis, les indicateurs comme les marchés boursiers, l’emploi et la consommation restent au beau fixe. La guerre commerciale avec la Chine n’a « aucun impact » sur l’économie américaine, vient encore d’affirmer le secrétaire américain au Commerce, Steven Mnuchin.

C’est la Chine qui souffre, selon lui. La Chine souffre, l’Europe aussi, mais pas les États-Unis. On peut donc se demander pourquoi le président américain harcèle la Réserve fédérale pour qu’elle baisse ses taux d’intérêt et pourquoi elle continuera de le faire, probablement dès cette semaine.

C’est peut-être parce que des signes annonciateurs de récession, il y en a. L’incertitude généralisée sur l’évolution du commerce mondial, l’endettement des pays émergents et différents conflits qui pourraient dégénérer commencent à creuser des ornières sur la route de la croissance.

L’économie mondiale perd du tonus. JPMorgan rapporte un quatrième mois de suite de baisse de son indice qui traque les activités de fabrication dans le monde. Ce n’était pas arrivé depuis 2012.

Depuis deux ans, les profits des entreprises sont en baisse partout dans le monde, et de façon plus marquée dans les pays émergents. Même aux États-Unis, où la réforme fiscale a temporairement dopé les profits, les prévisions de bénéfices continuent de se détériorer, soulignaient cette semaine les économistes de la Banque Nationale.

Selon les prévisions, les bénéfices des entreprises baisseront davantage aux États-Unis qu’en Chine.

L’économie américaine n’est pas une île, et elle sera touchée tôt ou tard par le ralentissement généralisé dans le reste du monde. Les entreprises du S&P 500 réalisent près de la moitié de leurs ventes à l’extérieur des États-Unis.

L’autre menace

Des années de taux d’intérêt très bas ont encouragé l’endettement de tous les agents économiques. Les ménages, les entreprises, les gouvernements, tout le monde continue de dépenser allègrement l’argent qu’il n’a pas.

Les entreprises canadiennes et américaines sont très endettées, ce qui a toujours été le cas avant chacune des récessions précédentes.

Tant que les taux restent bas, les risques d’éclatement de la bulle du crédit sont limités, du moins dans les pays industrialisés.

Il en va autrement dans les pays émergents, dont la dette libellée en dollars américains gonfle en même temps que la valeur du billet vert, que l’incertitude géopolitique pousse à la hausse.

La devise des États-Unis est actuellement à son niveau le plus élevé de tous les temps par rapport à celles de ses principaux partenaires commerciaux des pays émergents. Selon l’Institute of International Finance, certains pays sont plus à risque que d’autres. C’est le cas de l’Argentine, de la Turquie, de l’Afrique du Sud et du Chili.

Une crise financière dans les pays émergents, avec les risques de contagion qui viennent avec, est l’autre menace qui plane sur l’économie mondiale.

Mais qu’elle soit locale ou importée, la prochaine récession fera mal parce qu’il n’y aura pas beaucoup de moyens pour en atténuer l’impact. Les taux d’intérêt sont à zéro, ou dans certains cas sous zéro, ce qui veut dire que la politique monétaire ne sera d’aucun secours.

Il faudra que les gouvernements, du moins ceux qui ont la capacité de le faire, sortent leurs coffres à outils pour ranimer la croissance.