Montréal mènera des consultations publiques sur les locaux vacants, dès septembre, pour « donner une bouffée d’air frais » aux artères commerciales, a annoncé hier la mairesse Valérie Plante.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le taux d’inoccupation est de 24 % dans la rue Saint-Denis, l’une des artères les plus mal en point de la métropole. Il est de 25 % dans la rue Sainte-Catherine Est, de 11 % dans la rue Wellington et de 13 % sur le boulevard Saint-Laurent, où « de nombreux locaux ne sont pas loués volontairement », selon Robert Beaudry, responsable du développement économique et commercial et de l’habitation au comité exécutif.

Certaines rues se tirent mieux d’affaire que d’autres. La rue Masson, par exemple, affiche un taux d’espaces à louer de seulement 6 %. Les avenues Laurier et du Mont-Royal se portent aussi plutôt bien. Mais le taux d’inoccupation de nombreuses artères se situe entre 10 % et 15 %, précise la mairesse Plante.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

La rue Masson affiche un taux d’espaces commerciaux à louer de seulement 6 %.

Pourquoi ? Les causes sont multiples : la hausse des loyers, la spéculation immobilière, la mauvaise adéquation entre l’offre et la demande, l’explosion du commerce en ligne, le changement des habitudes des consommateurs…

Consultations publiques

Les locaux inoccupés nuisent à la vitalité des rues commerciales, à la qualité de vie dans les quartiers et au pouvoir d’attraction de Montréal comme destination commerciale.

Pour avoir un portrait clair et complet de la situation, la Ville a décidé de confier à la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation de Montréal le mandat de mener des consultations publiques sur les locaux vacants. Elle a du même coup annoncé un plan de relance pour la rue Saint-Denis, échelonné sur cinq ans.

Première étape : faire le diagnostic des rues commerciales et analyser les meilleures pratiques dans le monde, que ce soit à Paris, à San Francisco ou à New York, qui ont adopté des mesures pour aider et favoriser les commerces indépendants et locaux.

Pistes de solution

Montréal devait-il bannir les grandes enseignes dans certaines artères commerciales, les Gap, Aldo, DavidsTea et Lululemon de ce monde ? Mettre en place un registre du statut des locaux commerciaux, comme le fait New York, pour prendre les meilleures décisions ? Permettre l’occupation temporaire d’espaces vacants par des entrepreneurs ou des organismes culturels et communautaires ? Revoir les règles de zonage pour encourager la diversification de l’offre commerciale ?

Autant d’options qui seront scrutées par les élus.

La baisse des taxes foncières ? « Ce n’est pas dans les plans », répond la mairesse Plante.

Tant et aussi longtemps que je n’aurai pas d’autres moyens de financer l’ensemble des services de la Ville de Montréal – je le rappelle, 70 % dépendent de la taxe foncière –, je ne suis pas en position pour pouvoir diminuer les taxes.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Un rapport sur l’état de la situation des locaux inoccupés sera présenté à la Ville en décembre. Les citoyens, les propriétaires et les commerçants seront invités à participer aux consultations publiques, en janvier 2020.

« Les recommandations vont sortir quelque part au printemps, et on va passer à l’action », a précisé Mme Plante.

« Créer des expériences sur rue »

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, se réjouit du plan de la Ville, mais déplore que les délais soient aussi longs.

C’est certain que je trouve les échéanciers un petit peu longs. On parle d’avoir des résultats de la consultation dans quelques mois pour agir au printemps. J’aurais préféré qu’on se donne deux mois pour faire la consultation, et qu’en décembre, on soit prêts avec un plan d’action.

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Selon lui, pour résoudre le problème des locaux vacants, il faut d’abord et avant tout « créer des expériences sur rue ».

« La première chose, c’est de donner aux gens l’envie d’y aller. Et la deuxième chose, c’est l’accessibilité. Il faut reconnaître l’accessibilité en voiture. Tout le monde ne se rendra pas en vélo ou en métro. L’accessibilité, le stationnement, l’achalandage, l’expérience sur rue… C’est tout ça qui va amener les propriétaires à trouver des gens qui vont vouloir utiliser leurs espaces. »

Un plan de relance pour la rue Saint-Denis

La Ville a fait part hier d’un plan d’action pour redynamiser la rue Saint-Denis, où un local sur quatre est inoccupé. « Il est essentiel de relancer cette grande rue de beauté, d’architecture, d’institutions et de culture, en la transformant en lieu de vie où le bruit sera diminué, l’expérience en terrasse améliorée, les déplacements à pied d’un côté à l’autre de la rue facilités, où de nouvelles zones de rencontre et de détente pour la clientèle seront créées », affirme Alex Norris, maire suppléant du Plateau-Mont-Royal. Le plan de relance, échelonné sur cinq ans, comprend une série de mesures, dont l’aménagement de voies cyclables, le verdissement, l’ajout de feux de circulation, la révision du zonage, l’ajout d’éclairage, la création d’un corridor d’art public et la restauration de l’ancien Institut des sourdes-muettes, qui a perdu ses derniers occupants en 2015 avec le déménagement de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.