Dans la foulée des vols de données de Capital One et de Desjardins, les banques et les autres grandes institutions décideront-elles de réduire leurs envois postaux à des clients potentiels ? Car, désormais, les campagnes marketing de cartes de crédit envoyées à des clients potentiels par la poste peuvent surprendre les consommateurs.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

C’est le cas d’Hugues Bélanger, résidant de Montréal, qui affirme recevoir de temps à autre des cartes de crédit préapprouvées de Capital One. « Avec mon nom imprimé sur la carte, décrit-il. Ça surprend, car je n’ai jamais fait une telle demande. Je me questionne aussi. Est-ce que Capital One s’est fait voler des données qui me concernent ? »

Jointe par La Presse, Capital One Canada a confirmé par courriel que M. Bélanger a affaire à des envois marketing et non de cartes de crédit opérationnelles. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada suggère, dans ce cas-ci, aux consommateurs irrités d’appeler l’institution pour lui demander d’enlever leur nom sur la liste d’envoi.

« Les publicitaires et institutions ont une réflexion à faire sur l’utilisation des bases de données, pas juste dans le secteur bancaire, mais dans le secteur gouvernemental aussi », souligne Mathieu Bédard, président de l’agence de publicité Camden. 

Les communications bancaires par la poste peuvent être instrumentalisées. Ça peut devenir dangereux quand c’est jeté au recyclage.

Mathieu Bédard, président de l’agence de publicité Camden

Cela dit, les envois numériques peuvent aussi être à revoir, même si le taux d’ouverture et de consultation des infolettres envoyées par courriel est de 45 % (selon CROP). « La sécurité des données devient un enjeu prioritaire des consommateurs, observe Mathieu Bédard. Avec les campagnes qui se sont déplacées vers les médias numériques, on a la possibilité de faire de l’ultrasegmentation. Et les bases de données sont au cœur de ça. On peut être très précis dans ce qu’on peut faire. Or, quand le consommateur a l’impression que tu sais tout de lui, il n’aime pas ça. »

Miser sur la transparence

Mais encore faut-il faire la différence entre données déclarées et non déclarées. Entre une information récoltée de bonne foi sur la couleur préférée de souliers d’un client et un numéro d’assurance sociale utilisé à l’insu de quelqu’un.

« Lorsque c’est fait de manière transparente et qu’on donne une valeur ajoutée à une expérience d’achat, c’est très apprécié des milléniaux, par exemple », explique Rachelle Claveau, présidente de l’agence de publicité Publicis Montréal. 

Ce ne sont pas toutes les données qui permettent de voler notre identité. En agence, on utilise de façon éthique des données pour être pertinents dans nos communications et moins intrusifs, en offrant des choses selon les goûts et préférences des gens.

Rachelle Claveau, présidente de l’agence de publicité Publicis Montréal

Elle admet toutefois que les vols chez Desjardins et Capital One insécurisent les gens. « Le secret pour les consommateurs est donc de s’informer, de lire les politiques et conditions d’utilisation des applications, de protection des données des institutions », explique Rachelle Claveau.

Et pour les institutions financières, ce sera d’être plus sensibles à tout ce qui a trait à la vie privée. « Elles doivent bien expliquer leur politique… mais pas dans des documents de 50 pages. »