Pour relancer leur croissance minée par les tensions commerciales, la Chine, l’Inde et l’Indonésie entrouvrent davantage la porte aux investisseurs étrangers

Richard Dupaul Richard Dupaul
La Presse

La guerre commerciale entre Washington et Pékin nuit de plus en plus à l’économie mondiale, répètent depuis des mois le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Dans ce contexte, on serait tenté de croire que les entreprises sont plus craintives à l’idée d’investir en Asie étant donné que certains pays – la Chine d’abord, mais aussi l’Inde et bientôt le Viêtnam – sont la cible des mesures protectionnistes de Donald Trump.

Or, selon un nouveau rapport, les entreprises continuent de miser des centaines de milliards en Asie, qui reçoit plus d’argent que toute autre région du globe.

Près de la moitié des investissements industriels dans le monde – sur la période de janvier 2016 à mars 2019 – ont été annoncés en Asie (48 %), contre environ le quart sur le continent nord-américain (26 %) et moins d’un cinquième en Europe (17 %), affirme l’observatoire économique français Trendeo.

La firme a recensé 12 095 investissements sur cette période totalisant 4813 milliards US. Des initiatives qui ont créé 2,7 millions d’emplois, selon cette étude.

Conscients de l’importance de demeurer attrayants en cette période de vives tensions commerciales, les grands pays asiatiques veulent en faire plus pour attirer les investissements étrangers.

La Chine élimine des barrières

Respectant une promesse de longue date, la Chine va ramener de 48 à 40 la liste des secteurs qui limitent la participation étrangère, a annoncé la semaine dernière son premier ministre.

« Nous atteindrons le but d’abroger d’ici 2020 le plafonnement des participations des investisseurs étrangers dans les valeurs mobilières, les contrats à terme et l’assurance vie, soit un an plus tôt que prévu », a déclaré Li Keqiang. Pékin assouplira aussi les restrictions aux investissements étrangers dans les télécommunications, le transport et l’automobile.

Depuis 2017, le gouvernement rehausse graduellement le plafond des parts détenues par les entreprises étrangères dans les secteurs sensibles, comme la finance, ce qui donne des résultats.

BNP Paribas, JPMorgan et Axa notamment ont récemment renforcé leur présence en Chine. Morgan Stanley, HSBC Holdings et UBS devraient suivre, selon le Asia Times.

Mais les progrès sont lents dans ce domaine, ce qui est une source de conflits entre Washington et Pékin.

L’Inde plie à son tour

L’Inde – qui est aussi visée par des taxes américaines – tend également la main aux non-résidants.

En présentant son premier budget depuis sa réélection, le gouvernement de Narendra Modi vient d’indiquer qu’il assouplira les règles sur les investissements étrangers. Notamment en ouvrant davantage les secteurs de l’aviation, des médias ou encore des assurances.

Dans cette foulée, le gouvernement réduira aussi de 30 à 25 % le taux d’imposition des entreprises du pays, alors que les sociétés étrangères qui investissent en technologies bénéficieront d’avantages fiscaux.

L’économie indienne a nettement ralenti ces derniers temps, avec une croissance de 5,8 % au premier trimestre contre 6,8 % pour l’ensemble de 2018.

New Delhi est donc sous pression de trouver des solutions pour relancer l’économie.

Le gouvernement prévoit un léger rebond de la croissance pour 2019-2020, à 7 % sur l’année. Cependant, selon un rapport officiel publié la veille du budget, l’Inde doit maintenir une croissance annuelle de 8 % pour doubler la taille de l’économie d’ici 2025 comme le veut Narendra Modi.

Jakarta veut construire

Seizième économie mondiale, l’Indonésie aspire à faire partie du top 10 d’ici 2030. Pour y arriver, il lui faudra de l’aide cependant.

Aussi, le président de ce pays de 270 millions d’habitants, Joko Widodo, était-il en tournée en Europe la semaine dernière pour présenter son plan pour attirer des investissements.

Au programme : des baisses d’impôt, une réduction de la bureaucratie et, surtout, une invitation aux étrangers à participer aux vastes chantiers de réfection des infrastructures du pays.

Avec sa géographie complexe de 18 300 îles, l’archipel indonésien a de grands besoins dans ce domaine.

Quelque 360 milliards US seront requis pour remettre à niveau les routes, les aéroports et les aqueducs du pays. Avec son budget limité, l’État ne peut contribuer qu’à hauteur de 41 % de cette somme, selon M. Widodo, tandis que les sociétés publiques peuvent apporter 22 % du capital requis.

Ainsi, 37 % des fonds doivent provenir du privé, notamment des entreprises étrangères.

Le gouvernement estime qu’il y a pour 40 milliards US d’occasions d’investissement en « PPP » (partenariat public-privé) ouvertes « dès aujourd’hui ». À qui la chance ?