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L'argent redevient «gratuit», l'inquiétude monte

« L'argent n'est pas cher » à Paris, mais... (PHOTO LIONEL BONAVENTURE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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« L'argent n'est pas cher » à Paris, mais aussi ailleurs dans le monde. Et, ralentissement économique oblige, rien n'indique que cela va changer à brève échéance.

PHOTO LIONEL BONAVENTURE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Richard Dupaul

Une hypothèque pour presque rien en France, des rendements « négatifs » sur les obligations allemandes, la Fed qui parle d'abaisser encore les taux d'intérêt... L'argent est presque gratuit, mais des experts s'inquiètent.

On n'a jamais payé aussi peu pour un prêt hypothécaire en France.

Selon l'observatoire Crédit Logement/CSA, qui publie un rapport mensuel sur le sujet, le taux hypothécaire moyen, toutes échéances confondues, est tombé à 1,29 % en mai, sous le creux record de 1,33 % touché en 2016.

Or, selon des médias français, le courtier Capfi offre ces jours-ci à ses clients un taux de 0,95 % pour une hypothèque de... 20 ans !

Pas de doute, « l'argent n'est pas cher » dans l'Hexagone, mais aussi ailleurs dans le monde. Et, ralentissement économique oblige, rien n'indique que cela va changer à brève échéance.

D'ailleurs, la Banque centrale européenne (BCE) s'est engagée jeudi à maintenir les taux d'intérêt au plancher jusqu'au milieu de 2020.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) ne parle plus de hausser les taux comme l'hiver dernier. Son président, Jerome Powell, a plutôt indiqué la semaine dernière qu'il pourrait les abaisser pour contrer l'impact d'une longue guerre commerciale, ce qui a fait bondir les Bourses.

Dans cette foulée, les taux déjà dégonflés des obligations (qui déterminent les taux hypothécaires) sont tombés encore plus bas.

Par exemple, les obligations du gouvernement allemand, à 10 ans, donnaient un rendement négatif de - 0,23 % mercredi. Du jamais-vu. Autrement dit, les investisseurs sont prêts à payer une prime, donc un rendement négatif, pour bénéficier de la sécurité des « bunds » allemands.

Bref, tout est bon marché au grand bazar du crédit. Mais des experts s'inquiètent. Voici un aperçu de leurs craintes.

Plus endetté qu'en 2008

« À 164 000 milliards US, soit près de 225 % du PIB [mondial], la dette mondiale (privée et publique) atteint un record », a récemment déclaré Vitor Gaspar, un dirigeant du Fonds monétaire international (FMI).

Le monde est en fait 12 % plus endetté que lors du précédent record de 2009 juste après la faillite de la banque Lehman Brothers, dit-il.

L'institution de Washington attribue en partie cette hausse à la Chine qui, à elle seule, représente 43 % de l'augmentation de la dette depuis 2007. Mais elle prévient qu'aucune économie n'est épargnée.

Les cartes de crédit

Aux États-Unis, le crédit est redevenu contagieux. Plus de la moitié des consommateurs de 18 à 30 ans ont une carte de crédit, un niveau inégalé. Mais les retards de paiement augmentent depuis 2012, déplore la Réserve fédérale de New York.

De plus, le pourcentage des comptes « irrécupérables » a atteint 3,82 % au premier trimestre, un sommet en sept ans, note Bloomberg Intelligence.

Coût du logement

La chute des taux, c'est bien connu, a fait bondir les prix de l'immobilier, surtout dans les grandes villes. Si bien qu'il est de plus en plus difficile pour les citadins à revenu modeste de se loger.

Mais assez, c'est assez, et des gouvernements locaux interviennent.

À Amsterdam, l'un des marchés immobiliers les plus chers du monde, la Ville vient de dévoiler un plan qui, s'il est adopté, obligera les acheteurs à habiter au moins trois ans dans leur maison avant de vendre. Le but : stopper la spéculation ou le flipping.

La Ville de Berlin a dévoilé jeudi des mesures visant à geler pour cinq ans les loyers dans la capitale allemande. Pressée par les récentes manifestations monstres dénonçant le coût du logement, la mairie jongle aussi avec l'idée d'exproprier les promoteurs détenant plus de 3000 logements pour contenir les loyers.

Les entreprises aussi

Les entreprises sont aussi une source d'inquiétude.

La Banque centrale européenne estime que la croissance rapide de la dette des sociétés américaines est à suivre, sans être alarmante.

« La croissance de la dette commerciale depuis sept ans s'est caractérisée par une forte hausse des formes les plus risquées de financement accordées aux entreprises [...] peu solides ou très endettées. »

- La Fed, dans son dernier rapport sur la stabilité financière

En France, l'endettement des sociétés dépassait les 4000 milliards d'euros à la mi-2018, calcule S&P Global Ratings. Un total inégalé représentant près de 175 % du PIB français (+ 40 % en 10 ans).

Et le mois dernier, le géant de la gestion obligataire Pimco a lancé cet avertissement : le marché de la dette est « devenu aussi risqué » qu'avant la crise financière.

Gare aux « zombies »

Si bien que, dans une lettre ouverte, l'économiste et spécialiste de la finance Michel Santi déplore la multiplication des entreprises « zombies », c'est-à-dire des sociétés endettées et non rentables qui ne doivent leur survie qu'aux bas taux d'intérêt.

Citant un rapport de Bank of America Merrill Lynch, il note que près de 20 % des entreprises américaines sont en état de fossilisation, dans le sens où elles requièrent de larges injections de liquidités pour survivre.

Des exemples ? Tesla, Uber et Pinterest, parmi les noms bien connus.

Pas très rassurant...




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