Clifford Starke, le mystérieux millionnaire du cannabis qui souhaite racheter les Alouettes de Montréal, se décrit comme un financier globe-trotteur qui « change de pays chaque trois à cinq jours ». « Je suis un résident extraterritorial. Je ne suis plus résidant canadien depuis longtemps », explique-t-il dans une entrevue accordée à La Presse.

TRISTAN PÉLOQUIN LA PRESSE

Âgé de 35 ans, le discret homme d'affaires est à la tête de Franchise Cannabis Corp., une entreprise qui sera cotée en Bourse « d'ici 90 à 100 jours », dit-il, et qui brasse des affaires en Colombie, en Uruguay, au Danemark, en Allemagne, en Roumanie, en Pologne et au Portugal.

Dans différents documents officiels, M. Starke a déclaré le Panamá comme lieu de résidence fiscale. « Le Panamá est un endroit formidable où vivre », lance-t-il.

« Je ne comprends pas du tout pourquoi les gens sont si critiques à propos [des paradis fiscaux]. N'importe quelle personne qui en a l'occasion peut quitter le Canada et s'installer dans n'importe quelle île qui offre un avantage fiscal. »

- Clifford Starke

Selon des documents officiels, son entreprise compte parmi ses actionnaires des investisseurs du Belize et des Émirats arabes unis, deux pays figurant sur la liste des paradis fiscaux de l'Union européenne. D'autres actionnaires sont établis au Liechtenstein, à Hong Kong et en Suisse, considérés comme fiscalement avantageux.

« Nous levons des capitaux grâce à ma réputation, et nous cherchons partout dans le monde des actifs dans lesquels investir. Nous avons un modèle d'affaires spécifique à chaque pays », explique l'ancien Montréalais, qui a encore de la famille au Québec.

Avec l'aide logistique de l'ancien receveur des Argonauts de Toronto Brad Smith - un ami d'enfance qui l'aide pour ses relations publiques -, M. Starke annoncera officiellement demain son intention d'acheter les Alouettes. L'argent qu'il compte mettre sur la table pour y parvenir, insiste-t-il, proviendra de ses propres fonds et n'implique aucun autre actionnaire de ses entreprises. « L'argent qui sera rapatrié [à ces fins] au Canada sera dûment imposé en entrant au pays », comme le prévoit la loi, assure-t-il.

« Il y a un groupe de personnes qui ont connu énormément de succès avec le cannabis médical, et j'en fais partie. Vos questions au sujet des juridictions extraterritoriales ne sont pas pertinentes. Si quelqu'un vit aux Bahamas, à la Barbade ou au Panamá, ils sont dans une juridiction offshore. C'est légal. Il n'y a rien de douteux là-dedans, c'est parce qu'ils vivent là ! »

Le sauveur ?

Actuellement propriété de l'homme d'affaires américain Robert Wetenhall, les Alouettes sont déficitaires, et ont connu plusieurs saisons difficiles depuis qu'ils ont remporté leur dernière Coupe Grey en 2010.

« Ce n'est pas pour faire de l'argent que je veux la racheter. L'équipe a l'air d'avoir besoin d'un sauveur ; il lui faut une injection de capitaux. J'aimerais reconstruire cette franchise comme elle était quand j'étais enfant. »

- Clifford Starke

« Pour la réparer, je dois la posséder. Je veux des réponses et comprendre ce qui se passe. S'ils ont besoin de 5, 10, 15 millions, pas de problème ! Mais je veux savoir ce qui se passe avec eux. Je veux des réponses. »

Une fortune dans le cannabis médical

Relativement peu connu dans l'industrie du cannabis, M. Starke dit avoir fait fortune grâce à une « combinaison de chance et de timing ». Il a commencé en investissant dans une « opération de génétique » qui consistait à vendre différentes souches de cannabis « provenant de partout dans le monde » à des producteurs licenciés, au tout début de la légalisation à des fins médicales.

Il est ensuite devenu « le cinquième ou sixième actionnaire » en importance de Namaste Technologies, une entreprise qu'il a quittée en janvier 2017, plusieurs mois avant qu'elle ne congédie son PDG, le Montréalais Sean Dollinger, à la suite d'une enquête interne qui a révélé une « preuve de transaction entre personnes apparentées » et une « violation d'une obligation fiduciaire ».

« J'ai été chanceux. Nous avons levé des tonnes de capitaux. J'ai vendu mes actions quand l'entreprise valait 800 millions en capitalisation boursière. »

- Clifford Starke

Il a roulé sa bosse en Jamaïque, un pays qu'il voyait comme la « Mecque du cannabis ». Là-bas, il a dirigé l'entreprise Marigold, qui a eu jusqu'à 45 employés. « Nous sommes partis avec 2500 kg de produits, qui valaient 20 ou 30 millions. Nous avons vendu au moment opportun à une compagnie qui s'appelle Synthian. »

M. Starke a aussi été un des investisseurs de la première heure dans Nuuvera, une entreprise rachetée pour 430 millions par le producteur de cannabis Aphria en 2018. La transaction, décriée par des groupes de vendeurs à découvert, fait l'objet aux États-Unis d'une tentative de recours collectif menée par le cabinet Pomerantz, qui reproche à Aphria d'avoir « surpayé les actifs achetés en 2018, alors que ceux-ci avaient en fait une valeur questionnable ou douteuse ». « Je n'ai pas de problème avec les investisseurs qui vendent à découvert. Mais quand ils affirment des choses qui ne sont pas vraies, c'est la Federal Trade Commission qui devrait enquêter. Quand tu désinforme les gens pour ton propre bénéfice, c'est illégal ».

Jusqu'à maintenant demeuré très secret, il affirme que toute son énergie est maintenant dirigée vers Franchise Cannabis, dont il promet qu'elle deviendra sa « quatrième entreprise milliardaire » lancée en carrière. « J'ai des actionnaires de partout dans le monde. Le tabou entourant le cannabis est une chose du passé. L'accès au capital dans cette industrie est devenu complètement fou », affirme M. Starke.

« Avant de mourir, mon père m'a dit de rester discret, parce qu'il y a beaucoup de jaloux et que personne ne serait heureux autour de moi quand je ferais fortune », ajoute M. Starke.

« Mais pour les Alouettes, je devais m'exposer publiquement. Je ne fais pas ça pour l'attention. J'adore ma vie, j'adore mes entreprises, mais ce projet est différent : c'est une chose qui me passionne, et je ne peux pas aller de l'avant sans passer par les médias. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le mystérieux millionnaire Clifford Starke, qui dit avoir fait fortune dans l'industrie du cannabis médical, annoncera officiellement demain son intention d'acheter les Alouettes de Montréal, déficitaires depuis quelques années.