La proportion des familles de personnes âgées canadiennes qui avaient une dette est passée de 27 % en 1999 à 42 % en 2016, révèle Statistique Canada dans une étude publiée hier.

Publié le 4 avr. 2019
LOUISE LEDUC LA PRESSE

La proportion des familles âgées qui avaient une dette hypothécaire « a presque doublé, passant de 8 % à 14 %, et la part de celles qui avaient une dette de consommation est passée de 24 % à 37 % », peut-on lire.

Les personnes âgées sont plus nombreuses à avoir une dette, mais en plus, le montant médian de cette dette est nettement plus élevé. Il était de 9000 $ en 1999, alors qu'il se chiffre maintenant à 25 000 $ (valeur exprimée en dollars constants de 2016).

Mais dans le même temps, la valeur médiane des actifs détenus par ces familles endettées s'est accrue, poursuit Statistique Canada, passant de 327 000 $ à 607 400 $.

« De tous les groupes d'âge, les personnes âgées sont les seules où l'on voit les faillites et les propositions de consommateur bondir en flèche », fait observer Pierre Fortin, syndic en insolvabilité et président de Jean Fortin et Associés.

De fait, en 2007, chez les 65 ans et plus, 6574 personnes avaient fait faillite ou fait une proposition de consommateur ; en 2016, on en était à 13 769, selon le Bureau du surintendant des faillites.

Dettes de consommation

Dans l'étude de Statistique Canada, il y a une statistique qui frappe tout particulièrement M. Fortin : en 2016, 14 % des familles de personnes âgées ont une dette de consommation supérieure à leur revenu familial après impôts, en hausse par rapport à seulement 4 % en 1999.

M. Fortin dit qu'il ne voit pas défiler dans son bureau tant de gens qui ont un train de vie princier. Pas beaucoup de spas, de croisières, pas de voyages à répétition, dit-il, mais des gens dont le budget a toujours été serré et qui, à la retraite, n'ont pas été en mesure de se serrer encore plus la ceinture.

Plusieurs s'accrochent à leur maison, mais aussi à leur voiture, fait-il remarquer.

Pas facile, certes, de prendre les transports en commun à 75 ans, suggère-t-on. « Mais on ne parle pas nécessairement de se passer de sa voiture, simplement de la remplacer par une autre qui est moins coûteuse », relève-t-il.

Et ça aussi, ça passe souvent difficilement.

Pauvreté et immobilier

Me Michel Beauchamp, qui est notaire et spécialisé dans les successions insolvables, trouve que Statistique Canada aurait tout intérêt à faire une étude sur l'appauvrissement des personnes âgées causé par l'augmentation des valeurs immobilières.

Les revenus à la retraite diminuent, « mais pas les taxes et l'entretien de la maison », relève-t-il, notant que le propriétaire qui a toujours été bricoleur n'a souvent pas prévu qu'une fois vieux, il ne pourrait peut-être plus faire ses réparations tout seul.

« J'ai des clients à qui cela coûte très cher de rester dans leur maison qui, au surplus, se dégrade au fil des ans. »

C'est là l'un des cas de figure très répandus, mais il voit aussi passer, lui, des retraités au gros train de vie et qui réservent quelques surprises à leurs héritiers.

Il raconte que l'un de ses dossiers, ces temps-ci, est celui d'un homme de 69 ans qui avait 41 cartes de crédit. Il n'oubliera pas de sitôt non plus cet autre homme qui gagnait 350 000 $ par année, qui possédait un chalet, un condo, une belle voiture « et qui a fini sans aucun actif à son décès, à la grande surprise de ses enfants convaincus que papa valait très cher ».