(Québec) Le gouvernement Legault a salué la fin du conflit de travail à l'Aluminerie de Bécancour (ABI), mardi. Mais il a de nouveau subi les critiques de l’opposition, qui lui a reproché d’avoir nui aux négociations en critiquant le syndicat.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Les 900 travailleurs de l’établissement ont approuvé l’offre «finale» de leur employeur au terme d’un vote tenu mardi matin. Ils ont approuvé l’entente dans une proportion de près de 80%, même si l’exécutif syndical recommandait aux membres de la rejeter.

François Legault a qualifié le dénouement d’«excellente nouvelle» sur son compte Twitter.

Selon le ministre du Travail, Jean Boulet, il est clair qu’il y a eu une «rupture» entre les dirigeants syndicaux et les salariés. Ceux-ci étaient en lock-out depuis le 11 janvier 2018, soit près d’un an et demi.

«On le sentait, le temps a fait son œuvre, a indiqué M. Boulet en entrevue. Il a fait son œuvre tant pour l’employeur que pour le syndicat et les salariés.»

Le ministre a agi comme médiateur au cours des derniers mois et proposé une hypothèse de règlement qui a été rejetée par les travailleurs.

Selon lui, il y avait un réel «risque» que l’entreprise ferme définitivement ses portes si les travailleurs ne ratifiaient pas l’offre patronale. Cela aurait porté un dur coup à l’économie de la région et de l’ensemble du Québec, puisque les retombées de l’établissement s’élèvent à 500 millions.

Il a par ailleurs défendu la conduite du premier ministre François Legault, qui a publiquement demandé au syndicat de faire des compromis et qui lui a reproché de n’être «pas raisonnable».

«Il était toujours en mode recherche de solutions avec moi, a-t-il dit. Il était créatif, on cherchait des alternatives ou des options. Il s’est toujours informé, on se parlait de ce dossier de façon constante. C’était une priorité. Il m’avait demandé de m’impliquer.

«Il a toujours été […] extrêmement préoccupé par les répercussions humaines, sociales et économiques, a-t-il ajouté. Et ses propos en étaient le reflet.»

Nuisible, selon l’opposition

Selon les partis de l’opposition, ces commentaires ont nui aux négociations plutôt qu’aider.

Le député du Parti libéral Jean Rousselle a reproché au premier ministre d’avoir envenimé les pourparlers en exerçant une pression indue sur les travailleurs.

«Peut-être que ça aurait été réglé différemment et que les gens n’auraient pas gardé un goût amer, a-t-il déploré. Les gens sentent qu’ils ont mis le genou à terre et qu’ils n’avaient pas le choix d’accepter.»

Le député de Québec solidaire Alexandre Leduc a abondé dans le même sens. Selon lui, il est clair que les syndiqués avaient un «couteau sur la gorge» au moment de voter, d’abord parce qu’ABI a laissé planer la suspension des opérations de l’usine, puis parce que le premier ministre s’est clairement rangé du côté de la partie patronale.

«Le gouvernement a fait plusieurs passes sur la palette d’ABI, a dénoncé M. Leduc. Il leur a facilité la chose et il a accrédité sa stratégie d’usure.»

Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, a fait valoir que c’est la première fois depuis Maurice Duplessis qu’un premier ministre s’immisce ainsi dans un conflit de travail dans une entreprise privée. Ce geste «mal avisé» a pénalisé les travailleurs, selon lui.

«Assurément, a-t-il dit, le premier ministre s’est rangé du côté des boss et c’est de nature à déséquilibrer le rapport de force.»