Les exportateurs canadiens d’aluminium et d’acier ont appris lundi dernier que les tarifs douaniers en vigueur depuis l’an dernier prenaient fin à la suite d’une entente survenue entre Ottawa et Washington. À quoi s’attendre, maintenant ? Éléments de réponse avec Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ).

Martine Letarte, Collaboration spéciale Martine Letarte, Collaboration spéciale
La Presse

« C’est une excellente nouvelle pour l’industrie, autant pour les entreprises canadiennes qu’américaines », affirme d’emblée Véronique Proulx.

Même si l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), le nouvel ALENA, n’est pas encore ratifié par les gouvernements, elle n’est pas inquiète.

« Il ne semble pas avoir d’obstacle à sa signature, alors nous sommes très positifs », précise celle qui constate que les membres de MEQ sont aussi habitués à gérer l’incertitude liée aux élans protectionnistes des États-Unis qui reviennent périodiquement.

Par contre, elle s’inquiète d’un point : le retard du secteur manufacturier en matière d’investissement pour améliorer sa productivité et être en mesure de rester compétitif dans ses marchés et en conquérir de nouveaux.

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Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ)

« Les entreprises manufacturières canadiennes dépensent huit fois moins que les américaines en achat d’équipement et de nouvelles technologies pour augmenter leur compétitivité. » — Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec

Et, d’après son analyse, l’imposition des tarifs n’a certainement pas permis d’améliorer la situation.

Des dommages certains

MEQ constate que les tarifs imposés lors de la dernière année ont eu un impact important sur les résultats financiers des entreprises exportatrices.

« Les tarifs de 25 % pour l’acier et de 10 % pour l’aluminium étaient majeurs et ils ont fait très mal », affirme Véronique Proulx.

Bien sûr, les gouvernements québécois et canadien ont déployé des mesures pour aider les entreprises d’ici.

« Nous avions bien accueilli ces mesures, mais il faut comprendre qu’elles n’ont pas permis aux exportateurs d’absorber les coûts des tarifs, précise-t-elle. Les mesures aidaient plutôt les entreprises à investir pour améliorer leur compétitivité. Or, les entreprises n’avaient pas tellement envie d’investir, donc de s’endetter davantage dans le contexte. »

Du temps perdu

Elle remarque aussi que les dirigeants de PME ont dû passer beaucoup de temps à essayer de revoir leur modèle d’affaires et leur chaîne d’approvisionnement, puis à tenter de comprendre s’ils étaient concernés par les tarifs et s’ils pouvaient bénéficier de certaines mesures d’aide gouvernementale.

Véronique Proulx constate que tous ces tracas ont nui énormément à la compétitivité du secteur, et les dirigeants d’entreprise n’ont pas eu le choix de freiner certains projets d’investissement.

« Il faudra un peu de temps avant que les entreprises se retrouvent au point où elles étaient avant les tarifs, mais ensuite, on devrait retrouver un niveau d’investissement plus appréciable. »

Elle est convaincue que la période difficile est maintenant dernière nous.

« Ce nouveau départ sera bénéfique pour toute la chaîne d’approvisionnement Canada–États-Unis–Mexique, affirme Mme Proulx. Il viendra augmenter la compétitivité de tout le marché nord-américain par rapport à l’Asie. »

MEQ en bref

Fondé en 1919 Compte 1100 membres Division de Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC), fondé en 1871 MEC compte 2500 membres d’un océan à l’autre