La présente pénurie de main-d’œuvre étant un avantage pour les employés, les organisations sont plus susceptibles de voir un candidat choisi refuser finalement un emploi pour lequel il avait postulé.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

« Quand ça arrive, on est déçus, confie Marianne Lemay, directrice, culture et marque, de la PME Cangaroo (logiciels de gestion de RH). Car on investit du temps dans le processus d’embauche. Et plus le processus est long, pire c’est. Quand ça arrive plus qu’une fois, ce peut être décourageant pour les experts amenés en entrevue, qui peuvent finir par se questionner sur la qualité de leur employeur. »

Selon une nouvelle étude de la firme de recrutement Robert Half, 23 % des professionnels canadiens sondés affirment avoir refusé un poste après un processus d’embauche. Les raisons ? Une meilleure offre dans une autre entreprise (38 %), de mauvaises critiques entendues au sujet de l’entreprise (21 %) ou une meilleure contre-offre de l’employeur actuel (16 %). « Ce n’est jamais agréable pour un employeur d’apprendre que son meilleur candidat n’est plus intéressé par le poste », souligne également David King, président de district principal de Robert Half, dans un communiqué.

« Les conséquences financières ne sont pas énormes, précise toutefois Yves Dulude, associé sénior, groupe de litige commercial de la firme d’avocats Spiegel Sohmer. On peut alors passer vers un autre candidat. Mais elles sont plus importantes pour les très petites entreprises. »

La proportion de refus (23 %) semble élevée pour Me Dulude. « J’ai déjà vu pire que ça dans ma carrière », affirme cependant Marianne Lemay.

Tous deux indiquent néanmoins l’importance de repenser le processus de recrutement quand les organisations vivent une telle expérience. « Il faut valider les raisons pour lesquelles des candidats n’ont pas accepté notre offre, explique Marianne Lemay. À cause de la culture d’entreprise ? Du salaire ? À ce titre, il ne faut pas être gêné de s’enquérir des raisons du refus. On n’a rien à perdre. On pourra en tirer une leçon. Peut-être le processus d’embauche est-il trop long ? Peut-être en exige-t-on trop du candidat ? Peut-être faut-il mieux choisir le recruteur ? »

D’autant plus que le nombre de candidatures pour un poste affiché a notablement baissé. « Et ce, tant pour les postes ciblant les professionnels que les employés de soutien, note Yves Dulude. Si c’était dix candidatures avant, c’est maintenant deux. Les entreprises doivent user de leurs charmes désormais ! Aujourd’hui, on voit tant des professionnels que des secrétaires faire des vérifications diligentes avant d’accepter un poste. »

Réduire de façon draconienne le délai de réponse à un candidat estimé serait une des avenues les plus importantes à considérer. « J’ai déjà fait une offre devant un ascenseur, tout de suite après une entrevue ! admet Marianne Lemay. Si on aime un candidat, on ne le fait pas attendre. »