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Le gris et le rose de la fabrication

Les fournisseurs canadiens qui ont tardé à profiter... (Photo archives Bloomberg)

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Les fournisseurs canadiens qui ont tardé à profiter de l'avantage d'une monnaie dépréciée devront sans doute faire preuve de patience.

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Rudy Le Cours
La Presse

Les fabricants canadiens sont-ils en mesure de prendre le relais des producteurs d'hydrocarbures comme moteur de la croissance? Parviendront-ils à profiter d'une monnaie plus faible pour augmenter leur présence sur le marché américain en pleine expansion?

En principe, la réponse est oui à ces deux questions.

Mais quand, et dans quelle mesure? Voilà des questions qui divisent les prévisionnistes.

Les données de décembre sur le commerce international de marchandises que Statistique Canada publiera ce matin nourriront ce débat. Si on s'attend à un nouveau déficit d'un peu plus de 1 milliard à cause de la chute des prix du brut durant le mois, on examinera surtout la variation de la valeur des exportations de biens usinés.

Durant les deux premiers mois d'automne, la production de biens manufacturés a diminué au Canada alors qu'elle s'est accélérée chez nos voisins.

La tendance canadienne a aussi été observée au Québec.

Ce qui en inquiète plusieurs, c'est que la production américaine en usines ralentit depuis le début de l'année. L'indice ISM manufacturier, qui prend le pouls des décideurs d'achats, affiche un net repli en janvier par rapport à décembre.

Son pendant canadien, le RBC PMI, est passé quant à lui de 53,9 à 51,0. Un chiffre en haut de 50 est synonyme de croissance. Plus préoccupant encore, au Québec, le RBC PMI est passé de 49,3 à 46,9, soit nettement en territoire de contraction.

Les données québécoises du produit intérieur brut (PIB) vont jusqu'à octobre seulement. Après 10 mois, la valeur de la production manufacturière progressait de 2,2% en un an. C'était 3,4% en septembre et 3,2% en août.

Cela semble assez faible, d'autant qu'il y a eu reculs en 2012 et 2013.

À l'échelle canadienne, le PIB manufacturier s'est replié de 1,9% en novembre, les baisses les plus significatives provenant de la fabrication de machines, la fabrication de produits métalliques et la première transformation des métaux, trois fers de lance de la fabrication québécoise.

D'où la préoccupation: les usines québécoises pourront-elles pleinement profiter de la reprise américaine?

Les fournisseurs canadiens qui ont tardé à profiter de l'avantage d'une monnaie dépréciée devront sans doute faire preuve de patience.

Néanmoins, le bilan des exportations internationales québécoises est plutôt encourageant.

Les livraisons à l'étranger de marchandises québécoises ont bondi de 13,8% après 11 mois, cette année, par rapport à la même période l'an dernier, alors que les importations ont à peine augmenté. Au final, la balance commerciale s'est nettement améliorée et a représenté sans doute la principale source de la croissance québécoise en 2014. La situation est à l'opposé en Ontario, autre exportateur non énergétique.

Quand on détaille les variations des exportations québécoises, on constate que l'ensemble des segments manufacturiers affiche une hausse, alors que les exportations énergétiques (lire d'électricité) ont diminué.

Cela suggère que les fabricants québécois profitent de la poussée de croissance américaine et du taux de change avantageux, même s'il est difficile de départager l'apport de chacun.

Si le tableau de la production totale n'est pas aussi éclatant, c'est que les manufacturiers québécois n'ont pas le même succès sur leurs autres débouchés.

Le marché américain accaparait 28,5% de la production québécoise en usines en 2012, dernière année analysée par l'Institut de la statistique du Québec. La part du lion est absorbée par le Québec à hauteur de 45,1%, tandis que le reste du Canada prend une bouchée de 19,5%.

C'est là, ainsi que sur les marchés étrangers autres qu'américains, que se trouvent désormais les sources de la faiblesse relative de la production manufacturière québécoise.

Les difficultés auxquelles font face l'industrie pétrolière albertaine et le marché résidentiel qui en est tributaire vont peser sur ses fournisseurs québécois ainsi que sur les fabricants de matériaux de construction.

En revanche, la production ontarienne de matériel de transport automobile sort de sa léthargie. Les exportations sont en hausse, mais surtout, d'importants investissements visent à accroître les capacités de production (et la demande de matériel): Ford à Oakville a obtenu le mandat mondial pour le véhicule F-150, l'usine Chrysler de Windsor augmente sa capacité de production des minifourgonnettes Town&Country, tandis que Luminar agrandit son usine de pièces à Guelph.

Plusieurs manufacturiers québécois deviendront sans doute fournisseurs. Et il en faudra beaucoup d'autres pour assurer la construction du pont Champlain et du nouvel échangeur Turcot.

Cela nourrit l'optimisme, comme en fait foi un sondage mené l'été dernier par la Banque de développement du Canada: environ les trois quarts des entrepreneurs de PME affirmaient qu'ils allaient investir cette année. Chez les PME exportatrices, la proportion dépasse les 80%.

Reste à voir quand tout cela va se traduire par une production accrue.




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