Grâce à la remontée exceptionnelle des taux d'intérêt à long terme en juin, la solvabilité des régimes de retraite à prestations déterminées (RRPD) s'est beaucoup améliorée en juillet.

Mis à jour le 5 août 2013
Rudy Le Cours LA PRESSE

En revanche, les progrès futurs seront plus lents, et une détérioration momentanée ne peut être exclue, si l'aversion du risque s'empare à nouveau des investisseurs et des spéculateurs.

Le degré de solvabilité médian des RRPD, tel que mesuré par la firme Aon Hewitt, a bondi de 7 points de pourcentage, du 30 juin au 31 juillet, pour atteindre 84%, son niveau le plus élevé en 3 ans.

Le taux de solvabilité, rappelons-le, correspond à la couverture des engagements d'un régime envers ses participants actifs et retraités, advenant sa terminaison. Dans le cas présent, seulement 84% des engagements pris envers les participants actifs seraient couverts, tandis que les retraités toucheraient durant le reste de leur vie seulement 84 % du montant de leurs prestations, si leur RRPD était fermé, pour cause de faillite du promoteur par exemple.

Cela dit, une médiane à 84% représente une forte amélioration par rapport au creux de 68% survenu il y a à peine 18 mois.

«Cette augmentation importante est due en grande partie à la reconnaissance en juillet de la hausse des taux obligataires à long terme au cours du mois de juin dans l'hypothèse utilisée pour l'évaluation de la valeur du passif», explique Claude Lockhead, associé principal chez Aon Hewitt.

Pour le calcul de la solvabilité, l'Institut canadien des actuaires préconise l'utilisation des taux obligataires à long terme de 7 et de 30 ans du mois précédent. Or, les premiers ont augmenté de sept dixièmes de point, les seconds de cinq dixièmes, ce qui est considérable dans les deux cas.

En plus, les rendements ont été très bons en juillet. Celui d'une caisse typique, investie à hauteur de 60% en actions et à 40% en titres à revenu fixe, a atteint 1,6% le mois dernier, ce qui a permis à l'actif des RRPD de gonfler d'autant.

Évidemment, un taux de solvabilité médian signifie que la moitié de l'échantillon de 277 RRPD utilisé par Aon Hewitt en a un plus élevé, celui de l'autre moitié étant en deçà.

Le bris de quartile montre que le taux de solvabilité était au mieux de 77%, si le régime se situe dans le quatrième quartile, et au moins de 91%, si le régime était dans le quartile le plus performant.

Ce bris fait aussi ressortir que l'écrasante majorité des RRPD affichait encore un déficit de solvabilité le mois dernier, malgré les cotisations d'équilibre que doivent verser les promoteurs depuis plusieurs années déjà.

La remontée des taux d'intérêt obligataires a commencé en mai, quand le président de la Réserve fédérale, Ben S. Bernanke, a suggéré pour la première fois que la troisième ronde de détente quantitative (DQ3), lancée en décembre, pourrait ralentir son erre d'aller à compter de l'automne et se terminer dès l'été prochain, si l'économie américaine prend du mieux.

Cela a immédiatement poussé les taux obligataires à long terme à la hausse, des deux côtés de la frontière.

Mercredi dernier, le communiqué de la Réserve fédérale n'a fait aucune allusion à un éventuel calendrier pour mettre fin à la DQ3. Ce silence a été interprété par les uns comme le statu quo, alors que d'autres ont commencé à spéculer sur un report en décembre de la première diminution du rythme des achats d'obligations à long terme du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires. Le rythme actuel est de 85 milliards $US par mois.

Les taux obligataires ont continué de grimper dans la foulée de l'annonce.

Vendredi toutefois, les chiffres décevants de l'emploi en juillet aux États-Unis, jumelés à des révisions à la baisse des données de juin et de mai, ont révélé que l'économie américaine n'est pas encore sur une forte lancée. Les taux obligataires ont reculé. Ils pourraient continuer de la sorte la semaine prochaine, si les indicateurs économiques, en particulier ceux portant sur le commerce extérieur, devaient décevoir.

Cela montre bien que le relèvement des taux d'intérêt et de bons rendements boursiers ne suffiront pas à eux seuls à rétablir pleinement la solvabilité des RRPD canadiens.

Comme le soulignait au printemps le rapport du comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois, les RRPD souffrent d'un vice de conception. Il importe «de les rapprocher de la vérité des coûts» et «de leur permettre de se restructurer».

Cela suppose des changements à leur loi cadre. Il est dans l'intérêt de tous les participants à ces régimes que Québec donne suite à ses recommandations.