Alors que les négociations portant sur la conclusion d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne entrent dans le dernier droit, le gouvernement fédéral et les provinces sont placés devant la difficile tâche de s'entendre sur les concessions qu'ils sont prêts à faire pour plaire à l'autre partie.

Publié le 15 juill. 2011
Sylvain Larocque LA PRESSE CANADIENNE

Jeudi, l'UE et le Canada ont déposé leurs offres détaillées portant sur les marchés publics et les tarifs douaniers. Ce sont des propositions «très ambitieuses», a estimé vendredi le négociateur en chef pour le Québec, Pierre Marc Johnson, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne.

«Dans une négociation comme celle-là, quand arrive le moment des échanges d'offres, la crainte principale, c'est d'avoir de mauvaises surprises, a-t-il ajouté. Et là, on n'en a eu aucune. (...) Ça crée une bonne atmosphère pour le reste de la négo.»

La neuvième ronde de pourparlers se tiendra à la mi-octobre à Ottawa et d'ici là, le gouvernement fédéral et les provinces devront multiplier les rencontres afin d'établir leurs véritables priorités et leur stratégie, a précisé M. Johnson, qui se trouvait à Bruxelles, où vient de se conclure la huitième série de négociations.

En clair, les différents gouvernements devront décider ce à quoi ils tiennent véritablement et ce sur quoi ils sont prêts à céder. Après tout, il faudra s'attendre à des échanges «corsés» avec les Européens, prévient déjà Pierre Marc Johnson.

«C'est clair que la vraie négociation commence maintenant, a-t-il affirmé. C'est-à-dire, dans le fond: «tu ne m'en donnes pas assez et puis moi je vais modifier telle chose'. «Tiens, j'ai satisfaction sur tel objet, je peux peut-être relâcher sur tel autre.» On est vraiment rendus au stade où, dans les semaines qui viennent, les équipes vont se préparer de part et d'autre et faire le vrai troc.»

L'ancien premier ministre péquiste ne veut pas dire quelles sont les questions les plus litigieuses. Tout au plus a-t-il assuré que la gestion de l'offre, qui protège la production canadienne de lait, d'oeufs et de volaille, n'était pas en péril, du moins pour l'instant.

«L'UPA (Union des producteurs agricoles) n'est pas sous attaque en ce moment et je n'ai pas de raison de croire qu'elle le sera, a-t-il indiqué. Évidemment, la négociation n'est pas terminée et ça ne veut pas dire que les Européens ne pourraient pas tenter de l'attaquer, mais pour le moment, tout va bien.»

Intérêts divergents

La difficulté globale des négociations, c'est que l'UE et le Canada ne recherchent pas la même chose dans cet «Accord économique et commercial».

«L'intérêt de base des Européens, au-delà des dimensions politiques et stratégiques, ce sont les marchés publics au Canada (les appels d'offres des gouvernements), ce n'est pas le marché général, a souligné M. Johnson. Et notre intérêt de base, c'est le marché européen de façon générale, avec ses 500 millions de consommateurs.»

Le Québec, par exemple, veut exclure de l'accord les contrats d'Hydro-Québec, qui ne sont pas couverts par l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Ottawa souhaite pour sa part obtenir l'abolition des tarifs douaniers sur les produits de la mer, un accès plus grand aux marchés européens de la viande et du blé, la reconnaissance des titres de compétence ainsi qu'une meilleure mobilité pour les travailleurs canadiens en Europe.

De son côté, l'UE tient à arracher une meilleure protection de la propriété intellectuelle, notamment dans le secteur pharmaceutique, et faire des gains en ce qui a trait au respect des règles d'origine, plus précisément sur les aliments.

L'agence Reuters a rapporté jeudi que les négociations avaient pris du retard, mais vendredi, le ministre canadien du Commerce international, Ed Fast, et John Clancy, porte-parole du Commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, ont tous deux soutenu que les négociations avaient enregistré des «progrès substantiels» cette semaine.

«Nous nous approchons de la conclusion d'un accord susceptible d'accroître considérablement nos échanges bilatéraux, de créer des emplois et d'être synonyme de prospérité dans toutes les régions du Canada», a déclaré M. Fast dans un communiqué.

D'après les estimations d'une étude conjointe Canada-UE, un accord de libre-échange permettrait d'accroître la valeur des exportations européennes au Canada de 24 milliards $ et celle des exportations canadiennes destinées à l'UE de 12 milliards $.

Ottawa et Bruxelles doivent déposer leurs offres en matière de services et d'investissement en septembre. On espère toujours en arriver à un accord global d'ici la fin de l'année ou au début de 2012.