Les investisseurs ont été patients... et ont été récompensés. Gemin X, entreprise de biotechnologie née dans les labos de l'Université McGill, a fait sonner la caisse hier quand la multinationale américaine Cephalon a allongé 225 millions US pour l'acquérir.

Mis à jour le 23 mars 2011
Philippe Mercure LA PRESSE

La transaction récompensera au passage plusieurs des investisseurs qui avaient misé sur l'entreprise, dont Investissement Québec, la Caisse de dépôt, le Fonds de solidarité FTQ et la Banque de développement du Canada.

Fait non négligeable, Cephalon pourrait verser 300 millions US de plus aux actionnaires de Gemin X si ses produits - des molécules qui semblent prometteuses pour traiter diverses formes de cancer - finissent un jour par être commercialisés.

«Voilà une excellente nouvelle pour la biotechnologie à Montréal. Nous avons besoin de plus d'histoires comme celle-là, et j'espère qu'on en verra d'autres dans les années à venir», a dit à La Presse Affaires Michael Dixon, chef des opérations financières de Gemin X.

Fondée en 1998 dans les labos de l'Université McGill par les professeurs Philip Branton et Gordon Shore, Gemin X avait déménagé son siège social en Pennsylvanie en 2007 dans l'espoir de faciliter son entrée sur la Bourse technologique américaine NASDAQ - un projet qui avait été finalement abandonné dans la foulée de la crise financière. La recherche scientifique continuait toutefois d'être effectuée à Montréal.

Gemin X est à mettre au point divers médicaments contre le cancer. Le plus avancé est l'Obatoclax, qui est actuellement testé contre le cancer du poumon dans des études de phase II - la deuxième des trois séries de tests que doivent subir les médicaments avant d'être commercialisés.

Tant Cephalon que Gemin X ont affirmé hier qu'il était trop tôt pour dire si le laboratoire montréalais où travaillent une dizaine d'employés survivra à la transaction. Plusieurs observateurs ont cependant souligné hier que ce type d'activité est facile à déménager.

Un bon coup pour les investisseurs

Quoi qu'il advienne du labo montréalais, la transaction représente néanmoins un succès aux yeux des investisseurs qui ont misé sur la boîte au fil des ans. En tout, environ 140 millions de dollars ont été investis dans Gemin X.

En considérant un prix de vente minimum de 225 millions US, les investisseurs sont donc assurés d'encaisser au moins 1,6 fois leur mise. Ce multiple pourrait grimper jusqu'à 3,75 fois si les produits de Gemin X connaissent du succès et que Cephalon verse les «paiements d'étape» de 300 millions supplémentaires.

Jacques Bernier, associé principal du fonds de fonds québécois Teralys, estime que le prix obtenu est excellent. «C'est dans la moyenne des bons deals qu'on voit aux États-Unis pour des transactions semblables», a-t-il dit, affirmant qu'il s'agit là d'une «très bonne nouvelle» pour la biotechnologie québécoise.

«On a soutenu l'entreprise dans ses différentes rondes de financement et ça finit par payer. On est bien contents de ça», a dit hier Jean-François Pariseau, associé au fonds santé de la division de capital-risque de la Banque de développement du Canada, qui a investi dans Gemin X dès 2001.

Le Fonds de solidarité FTQ, qui a mis 6,7 millions dans Gemin X depuis 2007, s'est aussi réjoui.

«Ça faisait partie de l'histoire de Gemin X de se faire acheter un jour par une plus grande qui va l'amener encore plus loin. Ça démontre que nos cerveaux au Québec sont grands, que la qualité de nos installations est grande et que la science est bonne», a dit la porte-parole du Fonds, Josée Lagacée.

Le succès de Gemin X repose sur la découverte de molécules capables de modifier le programme qui entraîne la mort des cellules. Cette trouvaille pourrait permettre d'accélérer la mort des cellules cancéreuses et même de les amener à s'autodigérer.

C'est ce qui a attiré l'attention de Cephalon, pharmaceutique de 4000 employés qui vend plus de 150 produits dans près de 100 pays.