La mégatransaction de 39 milliards US entre AT&T et T-Mobile a attisé les marchés boursiers, hier, mais elle a bien peu de chances d'agir comme bougie d'allumage pour lancer une vague de consolidation dans les télécoms au Canada, selon des experts.

Publié le 22 mars 2011
Maxime Bergeron LA PRESSE

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Le problème actuel de l'industrie canadienne, c'est que plusieurs questions réglementaires cruciales sont en suspens. Les nouvelles règles qui encadreront la propriété étrangère des groupes de télécommunications demeurent entourées de mystère, tout comme la façon dont Industrie Canada allouera le prochain bloc de fréquences sans fil en 2012.

«Pour le moment, le niveau d'incertitude va garder tout acheteur potentiel sur les lignes de côté», a fait valoir Troy Crandall, analyste spécialisé en télécoms à la firme montréalaise MacDougall, MacDougall & MacTier.

L'expert ne s'attend à aucune transaction importante au Canada à court ou moyen terme. Mais, selon lui, la valeur de 39 milliards accordée par AT&T à T-Mobile - numéro quatre du sans-fil aux États-Unis - servira de référence le moment venu.

«C'est très intéressant, car les gens vont regarder cette transaction comme un étalon pour évaluer la valeur des entreprises de télécoms, a avancé M. Crandall. Tout le monde va regarder quelle est la valeur des fournisseurs canadiens, sont-ils surévalués ou sous-évalués, etc.»

Globalive

Le gouvernement de Stephen Harper a dit à plusieurs reprises vouloir ouvrir le secteur des télécoms à plus de concurrence étrangère, sans trop donner de détails. Le dossier Wind Mobile (Globalive) pourrait toutefois le forcer à adopter plus vite que prévu des lignes directrices claires.

La Cour fédérale a invalidé le mois dernier la décision du cabinet qui a permis à Wind Mobile de lancer son service sans fil au pays, en dépit d'une forte présence de l'investisseur égyptien Orascom. Ottawa et Globalive ont porté la cause en appel et, selon Troy Crandall, le débat pourrait être réglé d'ici juin.

D'ici à ce que la question soit tranchée, la possibilité d'une transaction comme celle entre AT&T et T-Mobile au Canada est presque nulle, estime Iain Grant, président de la firme d'analyse SeaBoard Group. «Tant que les règles touchant la propriété étrangère n'auront pas été changées, nous sommes pas mal immunisés face à ce qui se passe aux États-Unis.»

Et qu'en est-il de la possibilité d'une fusion entre les géants Bell et TELUS, qui ressurgit depuis des années dans les rapports d'analystes? Encore là, Iain Grant doute fort de voir une telle chose survenir. Surtout après l'investissement commun des deux entreprises, qui ont allongé ensemble 1 milliard de dollars pour moderniser leurs réseaux sans fil de part et d'autre du pays. En vertu de cette nouvelle collaboration, les clients de Bell sont redirigés sur le réseau de TELUS quand ils sont dans l'ouest du pays, et vice-versa.

«Bell et TELUS se sont organisés pour profiter de la majorité des avantages d'une fusion avec leur entente de partage de réseaux, sans les coûts», a souligné M. Grant.

Autorités réglementaires

La transaction annoncée dimanche entre AT&T et Deutsche Telekom (propriétaire de T-Mobile USA) a fait bondir le nombre d'actions échangées en Bourse hier. L'entente a aussi suscité de nombreux doutes quant à la réaction des autorités de la concurrence américaines, qui devront ultimement donner - ou pas - le feu vert. Déjà, des groupes de défense des consommateurs ont fait de vives critiques hier.

L'analyse du dossier pourrait prendre de 12 à 18 mois. Les investisseurs peuvent donc s'attendre à une période d'incertitude quelque peu similaire à celle qui a entouré le rachat avorté de Bell Canada par Teachers' il y a deux ans.

Si la transaction va de l'avant, AT&T deviendra le numéro un du sans-fil aux États-Unis, loin devant Verizon, avec 39% des parts de marché, selon les chiffres de Bloomberg.

Le titre d'AT&T a clôturé la journée à 28,26$US (+1,2%) hier à la Bourse de New York, tandis que celui du numéro trois, Sprint, a chuté de 13,6%, à 4,36$US. Verizon, pour sa part, a fini en hausse de 1,7%, à 26,46$US.