Crédits d'impôt à la recherche. Prix des médicaments parmi les plus élevés du monde. Règle qui fait en sorte que le gouvernement du Québec continue de payer des médicaments à plein prix... même si des versions génériques moins chères sont lancées sur le marché.

Philippe Mercure LA PRESSE

Québec et Ottawa accordent beaucoup d'avantages aux entreprises pharmaceutiques établies dans la province. Historiquement, ces mesures ont été accordées pour inciter les multinationales à faire de la recherche et développement ici, créant des emplois de haut niveau et générant des retombées économiques.

Or, en 2010, les licenciements de chercheurs et les fermetures de laboratoires ont remis la stratégie en question. Nos incitatifs gouvernementaux sont-ils vraiment efficaces?

Mélanie Bourassa Forcier, professeure de droit pharmaceutique à l'Université de Sherbrooke, croit que non.

«Actuellement, on ne tire pas autant d'avantages qu'on en accorde aux entreprises. Nos mesures, malheureusement, ne sont pas «coût-bénéfiques», pour utiliser un terme que les économistes affectionnent.»

En fait, les gouvernements semblent actuellement perdre des deux côtés. Non seulement les multinationales font-elles des coupes dans leur capacité de recherche, mais de plus, les incitatifs qu'on leur accorde coûtent de plus en plus cher.

La règle des 15 ans, par exemple, est l'engagement qu'a pris le gouvernement du Québec de rembourser aux patients la version originale d'un médicament pendant 15 ans, même si une version générique moins chère est disponible sur le marché.

Or, de 2005 à 2009, le coût de cette mesure a explosé, passant de 30 à 161,5 millions par année.

Que faire? D'abord, dit Mme Bourassa Forcier, prendre acte que la réalité a changé.

«Il faut accepter le fait que les compagnies pharmaceutiques au Canada ne feront pas beaucoup d'innovation elles-mêmes, dit-elle. Il ne faut pas le voir d'un mauvais oeil: ce sont des sociétés privées qui veulent faire des profits. Il faut maintenant voir, nous, comment on peut tirer profit d'une situation comme celle-là. Et comprendre que les entreprises peuvent quand même rester des investisseurs importants en innovation, dans sa commercialisation, par exemple.»

Un exemple: en fermant son centre de recherche, Merck a promis d'investir 100 millions en cinq ans dans la recherche pharmaceutique au Québec. Ces investissements prendront la forme de partenariats avec les universités et les entreprises de biotechnologies.

Pour l'instant, on est encore loin des retombées générées par un complexe de 180 employés comme celui qui faisait la fierté de Montréal.

«J'ai bon espoir qu'on va retrouver notre compte. Plutôt que de créer des emplois dans les grandes pharmas, on va voir la création d'emplois dans les centres de recherche publics et dans les petites entreprises», dit toutefois Michelle Savoie, de Montréal InVivo.

Mais pour cela, dit Mme Bourassa Forcier, il faudra adapter les incitatifs du gouvernement.

«Les stratégies des multinationales sont en pleine mutation. Nécessairement, il va falloir revoir nos politiques en fonction de ça. L'industrie agit de manière stratégique. Le gouvernement doit aussi être stratégique.»

Amener Santé Canada à approuver plus rapidement les nouveaux médicaments, faciliter leur inscription sur les listes de produits remboursés par la Régie de l'assurance maladie du Québec, améliorer la protection de la propriété intellectuelle: les gouvernements disposent de plusieurs leviers pour négocier avec les grandes pharmas et les inciter à investir dans nos universités ou dans les plus petites entreprises de chez nous.

«Il faut voir ça comme des outils de négociation, dit Mme Bourassa Forcier. En retour, il faut s'assurer qu'il y aura des retombées positives pour l'innovation. Ces retombées, il faut les exiger, et non présumer qu'elles viendront d'elles-mêmes.»

Le travail, en fait, est déjà commencé. En octobre, le gouvernement du Québec a tenu la première réunion d'un nouveau Forum permanent d'échanges. L'idée: réunir les gens des entreprises pharmaceutiques, des petites biotechs, du milieu universitaire et du gouvernement pour trouver des solutions à la nouvelle réalité.

«Je m'inscris très positivement dans cette démarche. On sent vraiment une volonté de la part des gouvernements et des autres partenaires de dire: trouvons des solutions», dit à ce sujet Mario Lebrun, directeur général de BioQuébec, association des entreprises de biotechnologies de la province.

2011, L'année de la médecine personnalisée

Ce qui sera «in» au Québec en 2011 en sciences de la vie? La médecine personnalisée, disent en choeur Michelle Savoie, de Montréal InVivo, et Mélanie Bourassa Forcier, de l'Université de Sherbrooke. Mme Savoie souligne qu'avec Génome Canada et Génome Québec, le Québec possède une expertise mondiale en pharmacogénomique, cette science qui cherche à produire des médicaments intelligents administrés selon le profil génétique des patients. «Il y a un consensus au sein du secteur que le Québec peut se différencier et aller chercher une position de leadership dans ce secteur en croissance», dit-elle. «C'est un domaine qui intéresse de plus en plus les compagnies pharmaceutiques, et on a beaucoup de potentiel au Québec, confirme Mme Bourassa Forcier. Je pense que c'est le domaine qu'on va vraiment exploiter en 2011. Il a la possibilité de vraiment régénérer notre industrie.»