Des dirigeants de la banque centrale des États-Unis (Fed) viennent de briser un tabou de la politique monétaire en évoquant un risque de déflation, bien que les chances pour la première économie mondiale de tomber dans cette ornière restent faibles.

Hugues Honoré AGENCE FRANCE-PRESSE

Lors de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed en juin, «un petit nombre de participants ont cité un certain risque de déflation», lit-on dans un compte-rendu publié mercredi.

Cette opinion n'avait pas été émise depuis mars 2009, à une époque où les économistes s'interrogaient pour savoir où s'arrêterait la chute de l'activité aux États-Unis, et la brutale désinflation qui l'accompagnait.

La déflation, baisse durable et généralisée des prix, est le cauchemar des banquiers centraux, car elle pousse les consommateurs à retarder indéfiniment leurs achats dans l'espoir de payer moins cher, et décourage les entreprises d'investir.

Certes, comme le relève Nigel Gault d'IHS Global Insight, pour la Fed dont l'une des missions est la stabilité des prix, «l'inflation n'est pas un sujet d'inquiétude dans l'immédiat: la déflation reste le principal risque».

Mais si l'on s'en tient aux chiffres, les États-Unis ont encore du chemin à parcourir avant de connaître le problème. La mesure favorite de l'inflation pour la banque centrale (indice des prix liés aux dépenses de consommation) était en mai à 1,9% sur un an, et 1,3% hors énergie et alimentation.

Et le président de la Fed, Ben Bernanke, est de longue date convaincu qu'il est impossible d'avoir une déflation quand une banque centrale se sert des bons outils de prévention.

Dans un discours de 2002 resté célèbre, il avait emprunté au prix Nobel d'économie 1976 Milton Friedman la métaphore du «largage par hélicoptère» de billets de banque pour expliquer qu'une déflation était impossible si la banque centrale se mobilisait. En d'autres termes, si elle créait tellement de monnaie que les prix ne pouvaient pas baisser.

Certains de ses adjoints semblent le presser de recourir à cette arme, dont le président de la Fed de Boston, Eric Rosengren.

«Je dirais que le risque de déflation s'est accru et que c'est davantage un risque que ce que j'aimerais voir aujourd'hui», disait-il dans le Wall Street Journal mardi.

Il ne doit pas être seul. La probable future vice-présidente de la Fed, Janet Yellen, est généralement considérée comme encore plus à gauche que ce spécialiste de la déflation japonaise.

Entendue jeudi devant le Sénat qui doit la confirmer à son poste, elle n'a cependant pas prononcé le mot.

Le président de la commission bancaire du Sénat, le démocrate Christopher Dodd, l'a fait à sa place: «même si nos indices de prix continuent à augmenter d'environ 2% sur un an, d'autres mesures de l'évolution des prix laissent penser que nous nous dirigeons vers une déflation», a-t-il dit, en citant les 0,9% d'augmentation des prix à la consommation sur un an en mai, hors énergie et alimentation.

Il se trouve peu d'économistes pour adhérer à ce discours catastrophiste.

«Même si les pressions inflationnistes restent limitées, le fait que les prix hors énergie et alimentation soient toujours en hausse laissent supposer que les craintes de déflation dans les prix à la production ne se justifient pas», jugeait jeudi Sunayana Mehra, de Moody's Economy.com

Les investisseurs auraient plutôt tendance à parier sur une inflation très faible pendant longtemps, qui rend attractives les obligations. Jeudi, le rendement du bon du Trésor à deux ans est descendu à son plus bas niveau historique, sous les 0,58%.