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Bras-de-fer entre la Maison Blanche et Wall Street

Il n'y a jamais eu lune de miel entre Wall Street et Barack Obama. Les 100... (Photo: Reuters)

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Rudy Le Cours
Agence France-Presse
Montréal

Il n'y a jamais eu lune de miel entre Wall Street et Barack Obama. Les 100 premiers jours du nouvel occupant du bureau Ovale ont plutôt montré que le torchon peut brûler, si la récession devait se prolonger jusqu'à l'an prochain.

On a beaucoup vu et entendu cette semaine le président Barack Obama s'indigner des pratiques douteuses des émetteurs de cartes de crédit et de leurs taux d'intérêts quasi usuraires exigés à des consommateurs étranglés par la récession.

Ce populisme bon ton, qui exploite la hargne légitime des Américains contre l'oligarchie financière, reflète les réelles difficultés de la Maison-Blanche à convaincre Wall Street de travailler pour le bien des États-Unis. Elle s'est plutôt habituée à l'inverse depuis les années Reagan.

Fragilisées par des montagnes d'actifs toxiques, les banques hésitent à nettoyer leur bilan, quitte à ne pas remplir leur rôle économique classique qui consiste à prêter l'argent qu'on leur confie.

Cette semaine, le Fonds monétaire international, qui joue remarquablement son rôle de chien de garde dans la tourmente présente, soulignait que «la priorité des priorités à ce stade-ci est la réforme du système financier». Cela suppose l'assainissement des actifs improductifs et la recapitalisation des institutions fragiles, mais fiables. Le FMI soulignait que ces initiatives doivent progresser «de manière plus convaincante».

Parallèlement, la Banque du Canada notait jeudi dans son Rapport sur la politique monétaire que les progrès sur ce front «ont été plus lents que prévu aux États-Unis et au sein d'autres grands centres financiers».

La critique la plus véhémente est toutefois venue de Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI. Dans la livraison présente du mensuel The Atlantic, il signe une longue analyse The Quiet Coup (Le coup d'État en douce) qui va droit au but: «Si le personnel du FMI pouvait parler librement des États-Unis, il leur dirait la même chose qu'il dit à tous les pays aux prises avec la situation présente: toute reprise va échouer à moins de briser l'oligarchie financière qui bloque une réforme essentielle.»

<b>Réseau d'influence</b>

Mais comment s'y prend donc Wall Street? En utilisant son réseau d'influence.

On a souvent décrié que l'ancien secrétaire au Trésor de l'administration Bush, Henry Paulson, était un ténor de Goldman Sachs.

Faut-il rappeler que l'actuel secrétaire Timothy Geithner est l'ancien président de la Réserve fédérale de New York? C'est elle qui a orchestré à huis clos l'achat avantageux de Bear Stearn par JP Morgan l'an dernier et les sauvetages de Citigroup et d'AIG à grands renforts de milliards d'argent public.

Faut-il rappeler que le chef du Conseil économique national Lawrence Summers avait aussi porté le chapeau actuel de M. Geithner sous Bill Clinton? Il a été à ce titre l'artisan de la révocation de la Glass-Steagal Act. Cette loi limitait la fusion des banques commerciales, des banques d'investissement et des compagnies d'assurance afin d'empêcher qu'elles deviennent «trop grosses pour tomber». M. Summers a aussi empêché que l'Agence des contrats à terme sur les produits de base (CFTC) puisse surveiller les transactions sur les produits dérivés.

On voit mal comment ce tandem pourrait aujourd'hui faire un virage à 180 degrés et piloter la mise au pas du système financier, assortie d'un resserrement de sa réglementation et de plafond à la rémunération des oligarques (Seize mois avant son entrée en fonction, M. Summers a touché cinq millions en tant que directeur du fonds spéculatif D.E. Shaw&Co.)

Voilà pourquoi l'économiste Joseph Stiglitz, qui se veut la mauvaise conscience de l'administration Obama, se montre si sceptique sur la capacité de la Maison-Blanche de réformer Wall Street. «L'Amérique a une porte tournante, résumait-il la semaine dernière en entrevue à l'agence Bloomberg. Les gens passent de Wall Street au Trésor et reviennent sur Wall Street. L'enjeu n'est pas que cela se fasse sans quiproquo. L'enjeu, c'est l'état d'esprit.»

<b>Renvois d'ascenseur</b>

L'influence de Wall Street passe aussi par le financement des campagnes des membres du Congrès qui doivent par la suite renvoyer l'ascenseur. On en a eu un bel exemple au début du mois quand ils ont forcé le Conseil financier des normes comptables (FASB) à assouplir la règle de la juste valeur marchande (mark to market), rétroactivement au 31 mars. Cela aura permis aux banques désireuses de gonfler la valeur leurs actifs toxiques d'afficher de bien meilleurs résultats au premier trimestre.

Cela permet aussi à plusieurs de mieux résister à l'examen de leur solvabilité (stress test) imposé par Washington aux 19 plus importantes institutions financières. Leurs résultats seront connus le 4 mai et détermineront dans quelle mesure certaines devront augmenter leur capitalisation.

Les cancres auront bien du mal à dénicher des investisseurs privés. Ils risquent la tutelle, voire la nationalisation.

La stratégie d'élimination des actifs toxiques des banques jusqu'à concurrence de 1000 milliards adoptée par Washington ne sera déployée qu'à compter de juin. Déjà fort complexe de par sa mécanique, elle paraît en partie torpillée par le changement apporté aux normes comptables.

Le Private Public Investment Fund (PPIF) prévoit la mise aux enchères des actifs toxiques dont voudront se départir les banques. Les enchérisseurs seront des entités présidées par le secteur privé, mais financées en grande partie par le contribuable.

Les banques seront moins enclines à tester cette mécanique puisqu'elles ne sont pas forcées de tester la juste valeur marchande. À l'opposé, qui osera offrir un prix suffisamment alléchant pour que les banques choisissent de vendre plutôt que d'attendre et d'espérer un rétablissement du marché?

Entre-temps, elles préféreront empiler des réserves d'argent qu'elles prêteraient, si leur bilan n'était pas grevé d'éléments douteux.

Entre-temps, la récession continue, pourrait même s'aggraver comme le craint le FMI. Si cela s'avère, la crédibilité de M. Obama en prendra pour son rhume et Wall Street pourra encore faire les 400 coups au détriment des Américains et du monde.




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