La banque centrale d'Islande a annoncé jeudi qu'elle abaissait son principal taux directeur d'un point de pourcentage pour le porter à 17%, alors que le pays nordique est sur la voie du redressement moins de six mois après l'effondrement spectaculaire de son secteur financier.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le comité de politique monétaire a décidé d'abaisser le taux directeur de la banque centrale d'Islande de 100 points de base à 17%. Les autres taux de la banque seront également abaissés», indique l'institut (Sedlabanki) d'émission dans un bref communiqué.

«Les indicateurs économiques montrent que les conditions pour assouplir (la politique monétaire) sont en place», a-t-il commenté dans un communiqué séparé. «Les pressions inflationnistes sont moins fortes alors que la demande et l'emploi se sont contractées et la couronne s'est stabilisée», souligne-t-il.

«La flexibilité de l'économie islandaise permet un ajustement rapide de la demande domestique, des salaires et de la balance commerciale», explique-t-il encore.

En octobre, au plus fort de la crise, la banque avait augmenté son taux directeur de 6 points de pourcentage qui était passé de 12 à 18% et l'avait depuis maintenu à ce niveau face à une inflation record et une devise fortement dépréciée.

L'an passé, la couronne islandaise avait perdu près de la moitié de sa valeur tandis que le taux d'inflation s'est établi en moyenne à 12,4% après 5,0% en 2007.

Le taux d'inflation avait atteint en outre en janvier le niveau record de 18,6% mais a commencé à ralentir en février (17,6%), selon les chiffres du bureau national de la statistique.

Un euro s'échange aujourd'hui contre environ 146 couronnes islandaises.

«L'inflation semble avoir atteint un pic en janvier et semble ralentir plus rapidement que prévu», indique Sedlabanki. «La prévision d'inflation pour le premier trimestre devrait être bien inférieure aux 18,5% envisagés», ajoute-t-elle, escomptant d'atteindre l'objectif officiel des 2,5% d'ici le début de l'année prochaine.

La décision de la banque centrale intervient alors que le Fonds monétaire international (FMI) a estimé vendredi dernier que l'Islande était en bonne voie de redressement.

Le FMI, qui a accordé en novembre, un prêt de 2,1 milliards de dollars, a même estimé qu'un retournement favorable de la conjoncture était possible d'ici la fin de l'année.

L'Islande, île arctique de près de 320.000 habitants non membre de l'Union européenne, qui avait basé sa prospérité sur un secteur bancaire hypertrophié, a vu son économie terrassée par la crise financière mondiale à l'automne dernier.

En quelques jours, début octobre, le gouvernement avait été contraint de prendre le contrôle des trois premières banques du pays, à court de liquidités. L'effondrement financier avait suscité la colère des habitants, dont un grand nombre ont perdu leur emploi ou vu leurs économies partir en fumée.

Depuis le gouvernement a démissionné, remplacé par une coalition de gauche dans l'attente d'élections anticipées le 25 avril. Les gouverneurs de la banque centrale ont également été contraints à la démission.

Avant la crise, l'île des geysers était l'un des pays les plus prospères de la planète, avec une croissance moyenne de 4% par an, dont un pic de 7,7% en 2004 et encore de 5,5% en 2007. Mais l'an passé, le PIB n'a progressé que de 0,3%.

Le chômage, inférieur à 2% avant la crise, a été multiplié par cinq depuis septembre pour s'établir à 8,2% de la population active en février, selon la direction du travail.