L'équipe éditoriale de La Presse rencontrera régulièrement des personnalités du mondes des affaires pour discuter avec eux de l'actualité économique. Cette semaine, notre premier invité, le président et chef de la direction de Transat Jean-Marc Eustache, a plaidé en faveur d'une approche concertée au Canada afin de profiter de la croissance du tourisme mondial. Le voyagiste affronte cependant des vents contraires: l'industrie aérienne est fragilisée, les touristes se font plus rares au pays et pour couronner le tout, Transat a réalisé qu'une partie importante de ses fonds avait été investie dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA).

Marie Tison

L'équipe éditoriale de La Presse rencontrera régulièrement des personnalités du mondes des affaires pour discuter avec eux de l'actualité économique. Cette semaine, notre premier invité, le président et chef de la direction de Transat Jean-Marc Eustache, a plaidé en faveur d'une approche concertée au Canada afin de profiter de la croissance du tourisme mondial. Le voyagiste affronte cependant des vents contraires: l'industrie aérienne est fragilisée, les touristes se font plus rares au pays et pour couronner le tout, Transat a réalisé qu'une partie importante de ses fonds avait été investie dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA).

Q- Est-ce qu'il y a des leçons à tirer pour les gens qui, conseillés par d'autres, ont investi dans le PCAA?

R- Nous avons été mal conseillés, mais nous aurions dû faire nos devoirs.

Le papier commercial, c'est ennuyeux sur deux points. Premièrement, l'argent appartient aux actionnaires. Cet argent, il n'est pas là. Moi, en tant que dirigeant, après avoir créé Transat et encouragé les gens à y investir, je ne suis pas fier de ça.

Le deuxième point où le papier commercial peut toucher, c'est le cash. Transat est passé à travers toutes les crises pas seulement parce que nous étions de bons gestionnaires, mais parce que nous avions un peu de cash dans le compte de banque.

C'est clair, nous avons du cash, mais c'est clair aussi qu'il faut en ajouter. C'est pour ça que j'ai fait cette entente avec la Banque Nationale, alors que nous étions les leaders de la contestation. Voyant la crise arriver, je me suis dit: «Jean-Marc, laisse tes émotions de côté et sois rationnel, va chercher une partie de l'argent.»

Je crois que pour passer à travers cette crise, ce sera une game de cash. Celui qui aura le plus de cash, c'est celui qui passera à travers.

Q- Il y a donc des maillons faibles dans l'industrie du transport aérien?

R- Le premier défaut de notre industrie, c'est qu'il n'y a pas assez de barrières à l'entrée. Pour donner un exemple, la première fois que nous avons dû louer un avion, en 1987, il fallait donner 15% de la valeur de l'avion. Si cette valeur était de 100 millions de dollars, il fallait donner 15 millions de dépôt. Aujourd'hui, il faut mettre deux mois de dépôt. Un avion de 100 millions, ça revient à 625 000 dollars par mois. Deux mois de dépôt, c'est 10% de la somme d'autrefois.

Il y a aussi un manque de professionnalisme. Ce n'est pas comme des domaines qui existent depuis des centaines d'années ou des dizaines et des dizaines d'années et où vous avez formé des spécialistes. Il y a des fly-by-night. Le résultats, il y en a qui ont disparu et il y en a qui vont continuer à disparaître. Cela dit, ce sera une bonne chose, ça nettoiera le marché.

Q- Air Canada vient de retirer sa charge pour l'enregistrement d'un deuxième bagage. Mais règle générale, les charges diverses sont-elles là pour rester?

R- C'est une industrie qui ne gagne pas d'argent. Tant qu'on ne facturera pas les vrais coûts, on va avoir des gimmicks pour essayer de récupérer de l'argent.

Q- Le nombre de voyageurs étrangers diminue au Canada. Est-ce qu'il y a un problème avec le produit touristique ou avec sa mise en marché?

R- Le produit est vieillissant et on ne sait pas le mettre en valeur. Quand on le fait, on ne le fait pas de façon systématique. Comme il s'agit de petits entrepreneurs, ils ont de la difficulté à promouvoir leurs produits. Il faut mieux définir le produit, il faut encourager, il faut peut-être moins saupoudrer. On a toujours eu une politique de saupoudrage au Canada: on donne un petit peu à tout le monde, on fait des enfants à moitié forts au lieu de faire des enfants forts.

Q- Vous étiez en faveur du déménagement du Casino au bassin Peel. Que pensez-vous de l'abandon de ce projet?

R- Je n'encourage pas le jeu. Cela dit, vous déplacez le Casino à un endroit, vous restaurez tout cet endroit-là, vous amenez le Cirque du Soleil, qui est un attrait. On se l'arrache, que ce soit à Las Vegas, Macao ou Dubaï. Ils y vont eux autres, il n'y a pas de problèmes. Mais ici, ça devient un problème psycho, personne n'ose rien faire, personne n'ose rien dire, plus personne ne touche à ça, le projet tombe à l'eau.