Avec la baisse des ventes des grossistes en fin d'année et des pressions inflationnistes qui s'estompent à vue d'oeil, la Banque du Canada a désormais toute la marge de manoeuvre souhaitée pour stimuler l'économie.

Rudy Le Cours

Avec la baisse des ventes des grossistes en fin d'année et des pressions inflationnistes qui s'estompent à vue d'oeil, la Banque du Canada a désormais toute la marge de manoeuvre souhaitée pour stimuler l'économie.

En janvier, l'indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de deux dixièmes de point pour voguer au rythme annuel de 2,2%, indiquait mardi Statistique Canada. Au Québec, la baisse de l'IPC était de 0,1% et l'inflation, à 2% en rythme annuel.

L'agence fédérale indiquait aussi que l'indice de référence avait augmenté de 0,1%, mais ne trottinait plus qu'à 1,4% sur une base annuelle.

Depuis quelques mois, cet indice, qui exclut les prix des éléments les plus volatils comme les fruits, les légumes ou les produits pétroliers, de même que des effets des taxes comme la réduction de la TPS, se rapproche rapidement du seuil de 1%.

Ce chiffre coïncide avec la limite inférieure de la fourchette dans laquelle la banque centrale souhaite voir évoluer les prix. La limite supérieure est de 3% et la cible, 2%.

En janvier, le prix de location des voitures, de même que les prix des voyages et des vêtements a beaucoup baissé tandis que celui de l'essence et des intérêts hypothécaires augmentait.

Dans un monde économique idéal, quand l'inflation fléchit, le taux directeur de la banque centrale emboîte le pas.

Une baisse du taux cible de financement à un jour, fixé à 4% depuis le 22 janvier, permettrait de détendre le marché du crédit.

Dans la dernière enquête trimestrielle sur les perspectives des entreprises, la Banque du Canada avait constaté que plusieurs devaient consentir à payer des taux plus élevés pour emprunter, les institutions financières étant plus réfractaires au risque depuis août.

Hormis les marchés du travail et de l'habitation neuve toujours très robustes, les signes de ralentissement de l'économie canadienne se multiplient depuis le début de l'année.

Après la détérioration de la balance commerciale et des livraisons manufacturières, on apprenait hier que c'est au tour des ventes de grossistes d'accuser de graves reculs en fin d'année.

Statistique Canada révélait hier qu'elles avaient plongé de 2,9% en décembre. Exprimées en volume, le recul est tout aussi important et efface même les gains d'octobre et de novembre.

Lundi, l'agence avait aussi dévoilé des chiffres décevants sur les ventes des grands magasins.

«Compte tenu de l'importance du commerce de gros dans le secteur canadien des services, nous prévoyons que ce recul va peser considérablement sur la croissance du produit intérieur brut en décembre, voire la pousser en territoire négatif», croit Milan Mulraine, économiste chez TD Valeurs mobilières.

Dans ce contexte, les faibles chiffres sur la croissance des prix sont bienvenus.

«Le nouveau gouverneur et ses collègues disposent donc d'une marge de manoeuvre pour abaisser les taux directeurs au pays et ainsi contrer les effets néfastes du ralentissement de l'économie américaine et de l'appréciation du huard sur notre économie», juge Benoit P. Durocher, économiste senior chez Desjardins.

Lundi à Vancouver, le nouveau gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a clairement indiqué son intention d'alléger le loyer de l'argent le 4 mars prochain.

Il s'est bien gardé d'indiquer l'ampleur de la réduction du taux directeur: à petits pas de 25 centièmes comme son prédécesseur David Dodge ou à grands coups de 50 points comme la Réserve fédérale s'est résolue à le faire à quelques reprises déjà?

Chose certaine, cela affaiblit déjà le huard face au billet vert, malgré la nouvelle envolée du prix du brut et des métaux qui ont d'habitude tendance à le doper.