Oubliez les avions, les hôtels, les réunions. Crise financière oblige, les voyages d'affaires n'ont plus la cote auprès des entreprises européennes. Au Québec, les centres de congrès attendent les contrecoups de ce ralentissement.

Philippe Mercure

Oubliez les avions, les hôtels, les réunions. Crise financière oblige, les voyages d'affaires n'ont plus la cote auprès des entreprises européennes. Au Québec, les centres de congrès attendent les contrecoups de ce ralentissement.

À Québec, le Centre des congrès a déjà dû dire adieu à un client potentiel qu'il courtisait avec beaucoup d'espoir. «Une grosse entreprise du monde financier américain, précise Ann Cantin, directrice des communications et de la mise en marché. Ils n'ont pas choisi une autre destination, ils ont carrément annulé la rencontre.»

L'une de ces entreprises qui a été balayée par la crise financière... et qui n'existe plus?

«Non, non, elle existe encore! Mais elle n'est pas forte!» rigole Mme Cantin.

Pas assez forte, en tout cas, pour envoyer ses employés discuter dans un hôtel à l'étranger aux frais de l'entreprise.

Le cas est loin d'être unique.

Selon un sondage publié lundi par American Express Voyages d'affaires, 70% des entreprises européennes prévoient geler ou carrément sabrer les budgets consacrés aux voyages d'affaires en 2009. Le sondage nous apprend que ces rencontres, qui engendrent des coûts de déplacement, d'hébergement et de locations de locaux, seront de plus en plus éliminées au profit... des vidéoconférences.

Pour l'instant, les effets ne se sont pas encore pleinement fait sentir sur les centres de congrès et les hôtels du Québec qui accueillent de tels événements.

«On travaille beaucoup sur le marché international et les congrès se confirment souvent de 5 à 7 ans à l'avance. Alors, la crise financière, pour l'instant, n'est pas palpable sur nos activités», dit Amélie Asselin, conseillère, affaires publiques et communications, au Palais des congrès de Montréal.

Le nombre des participants est au rendez-vous, explique-t-on, et il n'y a pas eu d'annulations liées à la crise.

«C'est sûr qu'on regarde pour les prochaines années parce qu'on sait que ça va éventuellement nous affecter, dit par contre Mme Asselin. Mais on a un certain temps de réaction où on peut se revirer de bord.»

Message identique à Québec. La campagne de séduction auprès du financier américain a beau avoir tourné court, le Palais des congrès de la Vieille Capitale aura connu une année 2008 bien remplie grâce aux célébrations du 400e. Et le carnet de réservations pour le début de l'année prochaine est bien garni.

«On va connaître le ralentissement, on n'est pas naïf au point de penser que ça ne nous arrivera pas. Mais ce n'est pas tout de suite, on ne le vit pas au même rythme que les autres», dit Ann Cantin, rejointe hier à Paris où elle tente justement de prévoir les coups en développant de nouveaux marchés.

C'est qu'avec les secteurs financiers et automobiles complètement à plat, on prévoit que la demande en provenance des États-Unis pourrait piquer du nez... encore une fois. Le resserrement des contrôles aux frontières et la hausse du dollar qui, jusqu'à tout récemment, augmentaient le coût des voyages au Canada, avaient déjà amené les Américains à délaisser Québec, dit Mme Cantin.

«Après 2001, dit-elle, le marché américain n'a plus jamais été le même.»

Avec Agence France-Presse