Le Canada se présente dans une position économique de force au sommet extraordinaire du G20, a estimé le premier ministre Stephen Harper, ce qui lui permettra de faire pression pour que les leaders des plus grandes économies de la planète se mettent d'accord pour adopter une série de mesures destinées à combattre la récession mondiale et à réformer le système financier international.

Gilles Toupin

Le Canada se présente dans une position économique de force au sommet extraordinaire du G20, a estimé le premier ministre Stephen Harper, ce qui lui permettra de faire pression pour que les leaders des plus grandes économies de la planète se mettent d'accord pour adopter une série de mesures destinées à combattre la récession mondiale et à réformer le système financier international.

Parmi les mesures les plus importantes qui risquent de faire l'objet d'une entente à l'issue de la rencontre demain, les pays participant semblent s'approcher, selon des sources diplomatiques, de l'idée de la création d'un organisme international qui aurait pour tâche de surveiller et d'évaluer les mécanismes qui régissent le contrôle des grandes institutions financières de la planète.

Le premier ministre Harper, qui a fait un point de presse ce vendredi matin à Winnipeg avant de s'envoler pour la capitale américaine, s'est déclaré d'accord avec cette approche.

«Le Canada va rechercher au sommet extraordinaire du G20 un consensus qui insistera sur les fondements macroéconomiques mondiaux de façon à relancer la croissance. Nous insisterons ainsi sur la reconnaissance du fait que la bonne réglementation commence à l'échelle nationale et qu'elle s'appuie sur des mécanismes de contrôle objectifs qui seront transparents et fiables. Nous vivons dans un monde interdépendant et aucun pays ne peut régler le problème actuel seul. Le Canada peut ainsi servir de bon exemple pour le reste du monde alors que nous cherchons à redonner aux gens et aux marchés la confiance qui relancera l'économie mondiale.»

Évidemment, la mise en garde hier du président américain George W. Bush contre des interventions trop musclées des gouvernements dans le système capitalisme et, à l'inverse, le plaidoyer ouvert du président français, Nicolas Sarkozy, pour une refonte planétaire en profondeur de ce même système risquent de créer des tensions entre les différents camps.

Pour sa part, M. Harper a défendu ce matin une approche entre ces deux extrêmes.

«Il est important, a-t-il dit, de maintenir un système financier mondial ouvert qui s'appuie sur le libre-échange et la libre circulation des capitaux. (...) Il y a des dirigeants autour de la table qui diront qu'il appartient à chacun des pays de mettre sa propre maison en ordre. Il y en a d'autres qui défendront une approche plus globale avec des mécanismes de contrôle mondiaux des marchés financiers. La position du gouvernement du Canada n'est ni du côté de l'une ou de l'autre de ces approches. D'abord je ne pense pas que les grandes économies du monde vont accepter des contrôles extérieurs à leurs systèmes de réglementation. Mais en même temps, je pense que nous avons besoin de quelque chose qui permettrait à chacun d'avoir une évaluation transparente et objective de son système financier.»

M. Harper, qui participe ce soir à un premier dîner de travail avec ses homologues du G20, estime qu'il faut que les participants à cette rencontre extraordinaire, «en particulier les États-Unis», permettent l'instauration de contrôles internationaux indépendants des systèmes financiers des États.

«Nous aurions ainsi des évaluations et des suggestions objectives, a-t-il dit. Il ne s'agit pas d'imposer des solutions aux États. Nous voulons respecter la souveraineté des États.»

«Le collège des superviseurs», comme on surnomme déjà ici cet éventuel organisme de contrôle, rassemblerait les grands régulateurs mondiaux afin de coordonner les mécanismes de surveillance des 30 plus grandes institutions financières de la planète.

De plus, les États-Unis, le Canada, l'Europe, le Japon et les grands pays en développement seraient sur le point de s'entendre sur un nouveau système avancé d'alerte qui permettrait de détecter avant qu'il ne soit trop tard des faiblesses dans le système financier mondial.