Tout en laissant à la Réserve fédérale américaine l'initiative d'esquisser une voie de sortie de la présente crise de liquidités, qui ébranle le système financier sans nouveau sauvetage d'institutions chancelantes, les grands banquiers centraux l'assurent de leur collaboration.

Rudy Le Cours

Tout en laissant à la Réserve fédérale américaine l'initiative d'esquisser une voie de sortie de la présente crise de liquidités, qui ébranle le système financier sans nouveau sauvetage d'institutions chancelantes, les grands banquiers centraux l'assurent de leur collaboration.

La Banque centrale centrale européenne et la Banque d'Angleterre ont toutes les deux annoncé l'injection de quelque 50 G$ (tous les chiffres sont en dollars américains) dans le système financier, tôt hier matin.

Quant à la Banque du Canada, elle affirme suivre «de près l'évolution de la situation sur les marchés mondiaux» en plus d'applaudir «les initiatives que la Réserve fédérale américaine a prises à l'appui des marchés financiers aux États-Unis».

En soirée dimanche, la Fed avait annoncé qu'elle portait de 175 à 200 milliards la valeur des facilités de prêts à court terme aux institutions financières sans activités de dépôt. En outre, elle élargit la gamme de titres qu'elle accepte en nantissement pour y inclure un certain pourcentage d'actions et d'obligations portant une note de crédit inférieure à BBB.

Ces mesures accommodantes signalent en outre la volonté des autorités américaines de ne plus s'engager directement dans le sauvetage d'institutions financières en difficulté.

En mars, la Fed avait accepté de troquer près de 30 milliards de mauvaises créances contre des bons du Trésor à JP Morgan pour lui permettre d'avaler le grand courtier Bear Stearns, menacé de faillite.

La semaine dernière, le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, avait annoncé la mise en tutelle des assureurs hypothécaires Freddie Mac et Fannie Mae, un sauvetage qui pourrait coûter jusqu'à 200 G$ au contribuable.

Cette fois-ci, ni la Fed, ni le Trésor américain n'ont voulu s'engager dans le sauvetage de Lehman Brothers Holdings. L'entreprise n'a pu qu'invoquer le chapitre 11 de la Loi américaine sur les faillites pour se mettre à l'abri de ses créanciers.

Cette mesure, a précisé l'US Securities and Exchange Commission dans un communiqué publié hier matin, permettra aux clients de l'entreprise de se prévaloir des dispositions de la Securities Investor Protection Corporation. Il s'agit d'une sorte d'assurance-dépôt pour les détenteurs de comptes chez ce courtier de gros et de détail.

Cette volonté politique de ne pas intervenir pour empêcher le naufrage de Lehman a du bon, croit Sherry Cooper, vice-présidente et économiste en chef chez BMO Marchés des capitaux.

«Cela a encouragé John Thain (le président) de Merrill Lynch de considérer sérieusement une prise de contrôle par Bank of America, explique-t-elle. C'est une très bonne nouvelle pour les marchés, parce que cela retranche Merrill de la liste critique. Au bout du compte, le gouvernement est parvenu à inciter Wall Street à créer sa propre police d'assurance.»

La direction de Merrill recommande à ses actionnaires d'accepter l'offre de Bank of America, évaluée à quelque 50 milliards.

Les Bourses accusent le choc

Ces nouvelles, jumelées aux graves difficultés d'American Insurance Group (AIG), premier assureur mondial, ont semé une commotion sur les Bourses du monde.

Dès leur ouverture, les parquets d'Asie et d'Europe ont plongé en piqué, tout comme le prix du pétrole et des produits de base, qui ont à leur tour miné la Bourse canadienne.

Curieusement, le billet vert s'est plutôt bien comporté dans la tourmente contre la plupart des grandes devises, à l'exception du yen. «C'est comme si de gros joueurs achetaient du dollar américain pour rembourser d'autres positions, en particulier dans les pays émergents», estime François Barrière, vice-président développement des affaires, marchés internationaux.

Le huard a aussi été malmené par la nouvelle jumelée à la plongée du baril de brut, mais il a repris plus de la moitié du terrain perdu au fil de la séance nord-américaine. «Ce qui fait mal, c'est la chute du prix des produits de base», explique François Bélanger, directeur général, marché des changes chez BMO Marchés des capitaux. Il juge cependant trop rapide la baisse du huard depuis juillet.

Plus de la moitié des parieurs sur les contrats à terme à Chicago misaient hier sur une nouvelle baisse du taux directeur de la Fed, cet après-midi. Depuis le printemps, elle le reconduit à 2% et signale qu'elle devra le remonter avant longtemps pour juguler les pressions inflationnistes.

Ce matin, on saura si ces pressions s'estompent ou pas, avec la publication des données du mois d'août, marqué par un repli marqué des cours du pétrole et du gaz naturel.