Les vents du Missouri sont un peu moins favorables à Bombardier Aéronautique.

Marie Tison

Les vents du Missouri sont un peu moins favorables à Bombardier Aéronautique.

Le Sénat de l'État a considérablement réduit le montant de l'aide que pourrait recevoir Bombardier pour installer son usine d'assemblage final de la CSeries à Kansas City.

En vertu du plan initial, le Missouri devait proposer à Bombardier des crédits d'impôt pouvant atteindre 40 M$ par année pour une période de 22 ans, ce qui correspond à un total de 880 M$.

Le Sénat a adopté jeudi un plan qui limitera à 240 millions le montant total de ces crédits d'impôt. Les crédits ne seront octroyés que pendant une période de huit ans.

Comme prévu au plan initial, Bombardier remboursera progressivement les crédits d'impôt en versant une certaine somme pour chaque appareil vendu. Il y a cependant une importante différence.

En vertu du plan initial, ces paiements pouvaient se poursuivre indéfiniment, même après le remboursement total des crédits d'impôt. En vertu du nouveau plan, Bombardier pourra mettre fin à ces paiements lorsqu'elle aura remboursé les crédits d'impôt et versé une somme additionnelle de 5,1% à l'État en guise de rendement.

Le Missouri rêve de voir Bombardier installer l'usine d'assemblage de la CSeries à proximité de l'aéroport de Kansas City parce que le complexe de 375 millions US devrait permettre de créer jusqu'à 2100 emplois et générer 5,9 milliards US en activité économique.

Le plan initial, accepté par la Chambre des représentants du Missouri il y a une dizaine de jours, a toutefois fait face à des adversaires coriaces au Sénat. Le sénateur démocrate Chuck Graham a notamment dénoncé l'idée d'octroyer des millions de dollars à une entreprise privée alors que les écoles du Missouri sont dans un état lamentable.

Au cours d'un débat au Sénat hier, il a fait valoir qu'en 1997, le gouvernement canadien avait entrepris le versement de 141 millions de dollars à Bombardier en vertu du programme Partenariat technologique Canada. Dix ans plus tard, Ottawa n'a encore récupéré que 36 millions.

«Le Canada s'est déjà retrouvé dans le trou de rat avec cette même entreprise», a lancé le sénateur Graham.

Pour obtenir l'appui du Sénat du Missouri, le parrain du projet de loi, le sénateur républicain Charlie Shields, a accepté de réduire le montant total des crédits d'impôt offerts à Bombardier. Il s'agira maintenant de réconcilier les versions du projet de loi adoptées au Sénat et à la Chambre des représentants.

Le sénateur Graham a déclaré jeudi qu'à son avis, Bombardier cherchait probablement à utiliser le Missouri comme levier de négociation pour obtenir davantage de la part du gouvernement canadien. En 2005, le Nouveau-Mexique en était arrivé à cette conclusion dans le cadre de la première mouture du projet de CSeries.

Mirabel

Le porte-parole de Bombardier Aéronautique, Marc Duchesne, a confirmé hier que Mirabel constituait toujours le site privilégié par l'entreprise pour l'assemblage final de la CSeries, une nouvelle famille d'appareils de 110 à 130 places. Il n'a pas voulu commenter la réduction de l'aide disponible au Missouri, indiquant que le processus se poursuivait.

En 2005, le gouvernement fédéral avait offert une contribution de 262,5 millions US pour favoriser l'implantation de l'usine à Mirabel. De son côté, Québec avait offert 87,5 millions US alors que le Royaume-Uni avait proposé 340 millions US pour la fabrication de composantes importantes à Belfast.

Ottawa a indiqué qu'il n'entendait pas verser davantage à Bombardier dans le cadre de la nouvelle mouture, soit 350 millions US, si on tient compte des variations du taux de change.

Bombardier a cependant tenu à réitérer le sérieux de ses intentions vis-à-vis de Kansas City: le président de la division aéronautique, Pierre Beaudoin, a fait une visite au Missouri cette semaine. Il a soupé avec le gouverneur Matt Blunt et les leaders du Sénat et de la Chambre des représentants mardi.

Mercredi, il a inspecté le site de l'aéroport de Kansas City en plus de visiter l'usine de motos Harley-Davidson, considérée comme un grand succès dans l'État.