«Ça frappe fort.» La décision d'Olymel de fermer en mai son usine de 1100 employés à Vallée-Jonction ne laisse pas Denis Sylvain indifférent.

Laurier Cloutier

«Ça frappe fort.» La décision d'Olymel de fermer en mai son usine de 1100 employés à Vallée-Jonction ne laisse pas Denis Sylvain indifférent.

Le directeur général du CLD (Centre local de développement) de Nouvelle-Beauce explique que ;les répercussions seront importantes.

«Toute l'industrie porcine, le plus important secteur économique du Nord de la Beauce, est frappée de plein fouet».

«La fière Beauce mange un dur coup», renchérit la directrice générale de la Chambre de commerce de Saint-Georges-de-Beauce, Sabrina Gagné.

«La Beauce a déjà créé 1000 emplois par année, mais elle est en décroissance depuis 2003», selon Denis Sylvain. Ce dernier se rappelle des centaines d'emplois perdus chez Bocenor, L'Éclaireur, de Quebecor, et ailleurs.

Olymel est encore un plus important employeur que l'usine des petits gâteaux Vachon, de Saputo (775 employés), celle de Canam (structures d'acier), à Saint-Gédéon (700), et celles de Maax (baignoires) dans la région (480). La perte de 1100 emplois dans une municipalité de 2000 citoyens se compare, en pire, à celle des 800 postes bien rémunérés de Goodyear, à Valleyfield.

La Beauce a l'habitude de se démarquer par son faible taux de chômage, ce qui l'oblige à importer des travailleurs. Mais plusieurs des employés mis à pied d'Olymel pourraient devoir s'expatrier, soutient Danielle Blais, présidente de la Chambre de commerce de Nouvelle-Beauce.

Les Montréalais cravatés Un universitaire a expliqué au président de Canam, Marc Dutil, que la plupart des compagnies de la Beauce sont dirigées par des Beaucerons et tant les employés que les patrons peuvent fraterniser au coin de la rue ou au hockey.

Par contre, Olymel est une filiale de la Coop Fédérée, de Montréal. Une partie des Beaucerons a d'ailleurs été piquée au vif par ces cravatés de Montréal qui sont débarqués avec leur mauvaise nouvelle, a expliqué une source influente de la région, sous le couvert de l'anonymat.

«Ça n'a pas aidé. Ce n'est pas vrai qu'un outsider va faire peur aux Beaucerons. Ils ont reluqué de travers le messager et sa façon de faire», a-t-il dit. Les travailleurs d'Olymel proviennent de nombreuses municipalités, de la Beauce et même de l'extérieur.

À Vallée-Jonction, le propriétaire du Centre de l'auto, Paul Jacques, est le voisin immédiat de l'abattoir depuis 40 ans. C'est certain, dit-il, que son atelier mécanique va grandement souffrir de la disparition des 1000 véhicules dans le stationnement d'Olymel.

«Le pire, c'est pour les plus vieux», là depuis 25 ans, du temps de Turcotte & Turmel, selon Paul Jacques. Le chiffre d'affaires de Nicole L'Abbé au restaurant Chez Niko, de Vallée-Jonction, «va beaucoup baisser. Tous les camions remorques de porcs s'arrêtent ici. Ça ne se peut pas que ça ferme», selon elle. Il faut imaginer «le désastre énorme pour les dizaines de routiers, les transporteurs, les producteurs de porcs, le Groupe Brochu, les Viandes Breton et les sous-traitants», a souligné Denis Sylvain.

«Des commerçants sont nerveux, des maisons vont perdre de la valeur et ça crée dejà des conflits familiaux», selon Danielle Blais. «Les pressions politiques vont être fortes, mais il faudrait un magicien ou une solution miracle», craint-elle.

«La Beauce s'est fait payé la traite dans le bois, l'acier et maintenant le porc, mais les Beaucerons n'ont pas un tempérament de perdants», souligne Denis Sylvain. «La région n'est pas à terre», assure quant à lui Marc Dutil. «C'est du monde débrouillard et il reste encore une minute avant la fin de la partie de hockey.»