Le régime enregistré d'épargne retraite a allégrement atteint 50 ans aujourd'hui (mercredi).

Marc Tison

Le régime enregistré d'épargne retraite a allégrement atteint 50 ans aujourd'hui (mercredi).

En effet, c'est le 14 mars 1957 que le REER a fait son apparition dans l'univers fiscal canadien.

Dans le budget présenté ce jour-là, le ministre des Finances du Canada, Walter Harris, avait annoncé une disposition qui permettrait dorénavant aux travailleurs de déduire de leurs revenus la somme qu'ils avaient déposée dans un régime d'épargne agréé.

Ce bénéfice n'était jusqu'alors accordé qu'aux travailleurs salariés, dont les versements au régime de retraite de leur employeur étaient déductibles d'impôt.

«Des associations médicales, des comptables agréés, le Barreau du Canada, ont demandé au gouvernement la permission d'épargner pour la retraite tout en obtenant une déduction fiscale, rappelle Suzanne Paquette, professeur de fiscalité à la faculté des sciences administratives de l'Université Laval. Ils trouvaient injuste que les travailleurs autonomes n'aient pas le droit de participer à un régime de retraite.»

Le gouvernement libéral de Louis St-Laurent a acquiescé à cette demande, mais en l'étendant à l'ensemble des travailleurs. Québec a emboîté le pas en 1959.

En 1957, la contribution maximale était plafonnée à 2500 $ ou 10 % des revenus.

Elle a bondi à 18 % en 1991, à l'occasion de la plus importante refonte du programme. «Le salarié qui bénéficiait d'un régime de retraite d'employeur pouvait alors obtenir une rente atteignant 60 000 $, indexée au coût de la vie, explique Louis Ascah, professeur titulaire au département d'économique de l'Université de Sherbrooke. Dans une recherche d'équité, le gouvernement a permis des cotisations au REER suffisantes pour acheter une rente de ce montant.»

En 1958, les Canadiens ont versé un total de 27 millions dans leur REER. En 2006, leurs contributions avaient atteint 30 milliards.

La prononciation de l'acronyme REER a évolué, elle aussi. Sous l'influence de l'anglais et d'une bonne humeur inaltérable, les Québécois ont d'abord prononcé RIRE. Les conseillers linguistiques, qui ne rigolent pas avec les barbarismes, ont imposé la prononciation réherre.

À 50 ans, le REER est encore loin de la retraite, et a de bonnes chances de devenir centenaire. «Compte tenu qu'on s'inquiète de la santé financière des citoyens à la retraite, je ne crois pas qu'il disparaisse dans un avenir rapproché», estime Suzanne Paquette.

Malheureusement, comme le fait valoir Louis Ascah, à peine 25 % des ménages ont des épargnes REER supérieures à 100 000 $. «Les REER sont une bonne chose mais en pratique, seule une minorité nantie en profite», observe-t-il.

Le taux de participation est d'environ 5 % pour les contribuables avec un revenu inférieur à 10 000 $, indique-t-il, contre 90 % pour les revenus supérieurs à 80 000 $.

Malgré tout, joyeux jubilé à tous les épargnants.