La hausse des prix des denrées, du maïs jusqu'au poulet, se fait sentir sur les Bourses américaines.

Réjean Bourdeau

La hausse des prix des denrées, du maïs jusqu'au poulet, se fait sentir sur les Bourses américaines.

Les investisseurs ont de moins en moins d'appétit pour les titres des entreprises de restauration et de transformation alimentaire qui revoient leurs scénarios de croissance à la baisse.

Des exemples?

En juin, le Wall Street Journal a annoncé que l'action de Cheesecake Factory avait piqué du nez après que le restaurateur eut révisé à la baisse ses prévisions de revenus en raison de la hausse du prix du lait.

Cette société n'est pas la seule à avoir révisé ses attentes.

Wendy's International, Starbucks et Panera Bread sont aussi du nombre.

Au cours des trois derniers mois, les prix du beurre, de la crème et du lait ont bondi de 20% aux États-Unis.

De façon générale, les autres aliments connaissent aussi des augmentations de prix.

Comment expliquer cette situation?

«Par un effet domino», répond Luc R. Fournier, gestionnaire de portefeuilles pour l'Industrielle Alliance.

La course à l'éthanol, un carburant à base de maïs, a fait grimper le prix de cette céréale.

Du coup, la demande des consommateurs s'est tournée vers le blé et d'autres substituts, qui ont pris de l'élan à leur tour.

Mais ce n'est pas tout. Comme le bétail et les poules sont nourris aux céréales, les prix de la viande et des produits laitiers ont été entraînés dans la ronde inflationniste.

«Nous assistons au même phénomène au Canada», constate M. Fournier.

Du point de vue boursier, il y a toutefois une différence, précise le gestionnaire: «Nous avons beaucoup moins de titres spécialisés dans le secteur alimentaire. Et pour le moment, ils ne sont pas encore touchés de plein fouet par la hausse des prix.»

Mais ça pourrait n'être qu'une question de temps.

«Il faut suivre la situation de trimestre en trimestre, conseille Luc R. Fournier. Dès que les entreprises ne seront plus en mesure de refiler la facture aux consommateurs, il faudra s'attendre à un impact sur leurs profits.»

Cela dit, le spécialiste constate la situation n'est pas négative pour tout le monde.

«Certaines entreprises en profitent», dit-il.

Dans cette «chaîne alimentaire», les fournisseurs de semences, comme l'américaine Archer Daniels, pourraient être avantagés en raison de l'augmentation de la demande.

Au Canada, les fabricants de fertilisants Potash Corp et Agrium restent très populaires. La valeur de leurs titres a doublé au cours de la dernière année.

Les fournisseurs de machineries, comme l'américaine John Deere, jouissent aussi de la forte activité dans le secteur de l'agriculture.

Du côté des fabricants canadiens, M. Fournier regarde les choses de près.

Pour l'instant, le boulanger Weston est en mesure de «passer l'augmentation de coûts» aux clients.

«Lors de la présentation de ses derniers résultats, la compagnie a indiqué qu'elle était capable de le faire», dit-il.

Le gestionnaire rappelle qu'il y a probablement moins de concurrence dans ce secteur avec les nombreuses acquisitions de boulangeries régionales survenues au cours des dernières années.

Dans le cas des produits laitiers, c'est différent, précise-t-il.

«La stratégie de Wal-Mart d'offrir les meilleurs prix a un effet dans le créneau du lait et des fromages, dit-il. Il y a plus de vendeurs et les prix des produits laitiers sont plus faibles.»

Par ailleurs, l'action du fabricant et du distributeur de viandes Maple Leaf Foods s'est très bien comportée au cours des sept derniers mois.

«Il faudra voir si l'entreprise pourra augmenter ses prix sans perdre de clients», souligne le spécialiste.

À son avis, les épiciers comme Metro et Loblaws ne devraient pas trop être touchés.

«Il y a de la concurrence dans le secteur au détail, dit-il, mais ils n'ont pas intérêt à se tirer dans le pied.»