Les futurs propriétaires de BCE ont cherché à se faire rassurants, samedi. Ils ne joueront pas de la hache dans la société de télécommunications, le quatrième employeur du Québec avec plus de 17 000 salariés.

Sophie Cousineau

Les futurs propriétaires de BCE ont cherché à se faire rassurants, samedi. Ils ne joueront pas de la hache dans la société de télécommunications, le quatrième employeur du Québec avec plus de 17 000 salariés.

Surtout, BCE restera à Montréal. «La direction est déjà en train de réduire la taille de l'entreprise. Il n'y a rien de remarquable à faire de plus. Il n'y aura pas de virage à 180 degrés», a dit Jim Leech, premier vice-président de Teachers Private Capital, qui contrôlera 52% de BCE si la transaction est approuvée.

Ce responsable de l'investissement privé à la caisse de retraite des enseignants de l'Ontario a écarté la vente de nouvelles divisions.

«Nous croyons au plan d'affaires à long terme de la direction», a ajouté Jim Leech en entrevue à La Presse.

C'est à croire que Teachers était l'actionnaire de BCE le plus heureux du monde, alors que les dirigeants de la caisse et de l'entreprise montréalaise étaient réputés en froid.

Jim Leech a voulu minimiser la discorde entre lui et Michael Sabia qui avait transpiré dans les journaux après que Teachers eut signifié son intention de devenir un investisseur «actif» et non plus passif auprès des autorités boursières américaines.

La direction de BCE n'avait pas du tout apprécié cette semonce publique, qu'elle avait assimilée à une déclaration de guerre, et avait lancé les enchères.

«Nous sommes passés à l'action lorsque nous avons réalisé que BCE entretenait des discussions sérieuses avec (le fonds) KKR, justifie Jim Leech. Tout le monde pense que nous avons déclenché la mise en vente, mais nous ne faisions que répliquer à leur initiative.»

Teachers conservera-t-elle Michael Sabia et son équipe en poste? Rien n'est décidé.

Jim Leech affirme que BCE a interdit aux prétendants d'en discuter avec les cadres avant la sélection d'un gagnant. «Nous n'avons pas d'équipe de direction qui attend de rentrer en poste dès demain.»

Il n'empêche que Teachers et ses partenaires (deux fonds américains et des investisseurs canadiens dont l'identité reste secrète) veulent voir fructifier leur investissement qui totalisera «entre 8 et 9 milliards de dollars».

Pour Teachers, cela signifie une mise entre 4,2 et 4,7 milliards, dont la moitié sera financée par la cession de ses actions de BCE.

«Teachers Private Capital affiche un rendement annuel moyen de plus de 25% depuis 17 ans. Nous n'avons pas l'intention de diluer nos résultats.»

Or, ce rendement est largement supérieur à celui que Michael Sabia et son équipe ont obtenu durant leur règne. Si vous aviez investi 100 dollars dans BCE il y a cinq ans, votre placement ne valait que 110 dollars au 31 décembre dernier, contre 185$ si vous aviez investi dans l'indice de la Bourse de Toronto.

Bref, ce n'est pas en reproduisant la recette Sabia que Teachers sera assurée d'obtenir son rendement «habituel».

Est-ce que Teachers pourrait tenter un grand coup et orchestrer une fusion de BCE avec sa rivale Telus? «Il a beaucoup d'obstacles réglementaires. Aussi, cela ne fait pas partie de notre réflexion», dit Jim Leech , sans ouvrir son jeu davantage.