Le marché du crédit restera tumultueux encore quelques mois, avec risque de propagation au reste de l'économie, s'attendent les présidents des grandes banques canadiennes.

Martin Vallières

Le marché du crédit restera tumultueux encore quelques mois, avec risque de propagation au reste de l'économie, s'attendent les présidents des grandes banques canadiennes.

Même que ce marché pourrait «être pas mal laid par moments» d'ici mars prochain, selon Ed Clark, président de la banque Toronto-Dominion.

Selon Gordon Nixon, président de la Banque Royale, «ça prendra encore un certain temps avant de retrouver des conditions de marché mieux équilibrées».

Ces présidents de banques, dont Louis Vachon, président de la Banque Nationale, participaient hier à Toronto à une conférence sur le secteur financier organisé par Capitaux Scotia, filiale boursière de la banque du même nom.

Cette conférence d'investisseurs et d'analystes se poursuit aujourd'hui avec des dirigeants de grosses compagnies d'assurances et de fonds d'investissement.

Aussi, les présidents des Bourses de Toronto et de Montréal pourraient croiser le fer sur les rumeurs de fusion.

Mais dans le milieu bancaire, l'attention des investisseurs demeure centrée sur l'impact des vifs tumultes du marché du crédit, en particulier ces dizaines de milliards de dollars en papier commercial adossé (PCAA) dont la valeur a été gravement compromise.

Par conséquent, mardi, les plus influents patrons de banques au Canada ont tenté de réassurer le milieu boursier en faisant état de «l'apaisement» et du «ménage» entamé dans le marché du PCAA.

«Plusieurs institutions financières se sont retrouvées avec des titres dont elles commencent à peine à mieux comprendre la teneur de risque», a résumé Ed Clark, de la TD.

Il faisait allusion surtout au marché du PCAA non bancaire, estimé autour de 35 milliards de dollars au Canada, qui a été frappé de plein fouet le mois dernier par les remous issus de la crise des hypothèques à risque (subprimes) aux États-Unis.

Car en ce qui concerne le marché du PCAA bancaire, évalué lui à 80 milliards, les présidents des grandes banques ont réitéré hier leur confiance envers ces titres «mieux soutenus».

Toutefois, a admis Gerry McCaughey, président de la CIBC, «ce marché n'est plus aussi favorable qu'auparavant».

Entre autres, la prime de risque exigée des investisseurs en titre de PCAA a augmenté à son niveau le plus élevé depuis des années.

«En fait, le risque financier se retrouve mieux rémunéré. À plus long terme, ça devrait avoir un impact positif sur le rendement financier des banques et des autres grandes institutions financières», a indiqué Gordon Nixon, président de la Royale.

Banque Nationale

Quant à Louis Vachon, de la Banque Nationale, il a dû passer plusieurs minutes de sa présentation à mettre à jour la situation de la banque face au risque de pertes liées au PCAA.

«Notre exposition au marché des hypothèques à risque (subprimes) aux États-Unis est minimale, sinon nulle dans certains types de titres de crédit», a soutenu M. Vachon.

Ses propos étaient plus surveillés par les financiers de Bay Street parce que la Nationale, le mois dernier, a été forcée de racheter pour 2 milliards en PCAA qui était dans des fonds d'investissement de ses clients, afin de les protéger d'une perte de valeur.

Ce rachat de titres, favorable de prime abord, équivaut toutefois à un transfert de risque des clients des fonds vers les actionnaires de la banque, dont le capital devrait désormais éponger toute perte dans ce lot de PCAA.

Aussi, la Nationale fut la seule des six grandes banques à joindre un groupe d'intervenants financiers touchés par la crise du PCAA non bancaire, dont la Caisse de dépôt et placement, qui ont instauré un moratoire de 60 jours pour stabiliser ce marché et réduire leur perte à court terme.

Cette entente, baptisée le «protocole de Montréal» dans le milieu financier, comprend désormais 12 membres, dont le Mouvement Desjardins et Investissements PSP, qui gère des caisses de retraite des fonctionnaires fédéraux.

Selon Louis Vachon, les discussions de ce groupe, appuyé par la firme comptable Ernst & Young, auraient permis de consolider des appuis financiers à court terme pour 81% de la valeur totale du PCAA le plus risqué.

Néanmoins, avec la moitié de ce moratoire du «protocole de Montréal» déjà écoulée, des questions importantes demeurent sur l'ampleur des pertes dans le PCAA non bancaire.

En particulier pour des dizaines de sociétés, comme le voyagiste Transat AT de Montréal et la société d'État québécoise SGF, qui ont des dizaines de millions en liquidités bloquées dans des placements de PCAA non bancaire.

Selon des gestionnaires de portefeuilles, cités dans la presse d'affaires torontoise, la perte de valeur à court terme du PCAA non bancaire pourrait atteindre 50 cents par dollar de valeur nominale.