Claude Lamoureux ne chômera pas après son départ de Teachers, à la fin de l'année. L'homme de 65 ans a déjà reçu plusieurs offres d'emploi et ne ferme pas la porte à reprendre la tête d'une entreprise.

Maxime Bergeron

Claude Lamoureux ne chômera pas après son départ de Teachers, à la fin de l'année. L'homme de 65 ans a déjà reçu plusieurs offres d'emploi et ne ferme pas la porte à reprendre la tête d'une entreprise.

«C'est évident que je ne resterai pas chez nous à me tourner les pouces», a lancé le président et chef de la direction du Régime de retraite des enseignants de l'Ontario, mercredi, en marge d'un événement organisé par l'Association des MBA du Québec.

M. Lamoureux admet avoir parlé «à beaucoup de monde» intéressé par ses services au cours des derniers mois. Des entreprises qui le voudraient comme dirigeant, lui qui a qui a réussi à redresser et faire grandement prospérer Teachers pendant ses 17 années comme président.

«Il y a des choses qui peuvent être intéressantes, d'autres moins intéressantes, mais en ce moment, je n'ai pris aucune décision, a-t-il dit. La plupart du monde à qui j'ai parlé, je leur ai dit que je ne prendrais pas de décision avant d'avoir presque quitté Teachers.»

Le Québécois, né à Cap-de-la-Madeleine et élevé dans la région de Saint-Hyacinthe, compte aussi siéger à de nouveaux conseils d'administration après son départ de Teachers le 1er décembre prochain.

En prenant la tête de Teachers (anciennement le Ontario Teachers' Superannuation Fund) en 1990, Claude Lamoureux a découvert une institution très bureaucratique, qui investissait tout son argent dans des débentures du gouvernement ontarien. La gestion était désastreuse et le service à la clientèle, pourri, a-t-il rappelé.

Il a réussi à faire changer les mentalités en profondeur. Il a commencé à gérer Teachers comme une entreprise privée, avec un véritable conseil d'administration et une gestion «par objectifs».

Pour dynamiser les troupes, il a instauré un système de rémunération au rendement. Il a aussi misé sur la diversification en se tournant notamment vers l'immobilier et le capital de risque.

Les changements ont porté leurs fruits. L'actif de Teachers est passé de 19 milliards de dollars en 1990 à 106 milliards l'an dernier.

Sous la houlette de Claude Lamoureux et de ses collaborateurs, le groupe a réalisé une série d'acquisitions majeures. La dernière en lice, soit l'achat de BCE avec des partenaires pour 51,7 milliards, fait couler beaucoup d'encre depuis des mois.

Encore hier, Claude Lamoureux a tenu à défendre le bien-fondé de la transaction, qui fera de BCE une société privée très endettée.

«C'est évident qu'il y a beaucoup de dette dans la transaction, mais si on regarde la plupart des transactions dans ce domaine-là, on a réussi à payer toute notre dette, a fait valoir M. Lamoureux. On n'a jamais manqué à nos engagements et on ne s'attend certainement pas à manquer à ceux-là.»

La transaction demeure controversée. Les agences de crédit ont fortement décoté BCE (S&P a fait glisser sa cote de crédit de A- à BB- cette semaine et DBRS réfléchit). Et les détenteurs de débentures, qui estiment avoir perdu des centaines de millions de dollars, tenteront de bloquer la transaction devant les tribunaux le 10 octobre prochain.

Claude Lamoureux n'est nullement inquiet de voir les nouveaux acquéreurs de BCE déboutés en cour. «Je dors bien», a-t-il dit.

Quant au départ du président de BCE, Michael Sabia, Claude Lamoureux affirme l'avoir appris deux jours avant l'assemblée extraordinaire de vendredi dernier.

A-t-il déjà été question de maintenir Sabia à la tête de BCE une fois la vente conclue? Claude Lamoureux affirme que oui.

«On envisage tout le temps toutes les possibilités. Quand tu achètes une entreprise, il faut que tu regardes toutes les possibilités. Mais c'est lui qui a décidé de quitter de son plein gré.»

Jim Leech, actuellement vice-président de Teachers Private Capital, remplacera Claude Lamoureux dès décembre prochain.