Chez Norbourg, on n'avait pas peur des longues journées d'ouvrage et les lumières restaient souvent allumées au 5e étage du 615, boulevard René-Lévesque Ouest.

Denis Arcand

Chez Norbourg, on n'avait pas peur des longues journées d'ouvrage et les lumières restaient souvent allumées au 5e étage du 615, boulevard René-Lévesque Ouest.

À l'automne 2002, un «shift de nuit» comptant jusqu'à 10 personnes falsifiait des documents en temps supplémentaire, bien après les 9 à 5 constituant les heures normales de fraude chez Norbourg.

Quand la Commission des valeurs mobilières du Québec (CVMQ) est débarquée chez Norbourg en novembre 2002 pour faire une inspection, Vincent Lacroix et son bras droit Éric Asselin ont ajouté un quart de travail de nuit chargé de produire de faux documents de très haute qualité au fur et à mesure que les inspecteurs demandaient à Norbourg des pièces justificatives inexistantes.

L'équipe de nuit, qui comptait Vincent Lacroix et trois cadres supérieurs, a fabriqué des faux documents durant les trois semaines qu'a duré la phase la plus intensive de l'inspection de la CVMQ.

C'est ce que soutient Vincent Lacroix dans un interrogatoire mené par l'avocat Denis Saint-Onge, du bureau Gowlings, et déposé mercredi en Cour.

M. Lacroix se décrit comme le «superviseur du shift de nuit». Il décrit M. Asselin, son vice-président aux finances, comme son bras droit, «le boss en mon absence», et surtout comme le stratège, le maître-faussaire de l'opération, qui concevait les devis des faux documents en fonction des demandes quotidiennes de la CVMQ.

En conférence de presse mercredi, M. Asselin a nié énergiquement avoir été «l'âme dirigeante» de la firme.

«Je suis un honnête homme et j'affirme que je ne suis pas le cerveau machiavélique que l'on prétend.»

Rappelons que M. Asselin s'était officiellement joint à Norbourg huit mois auparavant, arrivant directement de la CVMQ, où il avait été inspecteur, puis enquêteur. M. Lacroix lui avait confié les relations avec la CVMQ, dit M. Lacroix.

Durant l'enquête, Vincent Lacroix a pu mesurer combien il avait bien fait d'engager un enquêteur de la CVMQ, un homme connaissant intimement les méthodes et la mentalité du chien de garde des marchés financiers.

Voici comment M. Lacroix relate les longues nuits automnales durant l'inspection de la CVMQ «Ça fonctionnait de la façon suivante c'est que (le jour) il y avait une demande de la part des inspecteurs de la CVMQ suite à des discussions avec M. Asselin, et par après, nous, on savait, à la sortie des réunions de M. Asselin [...] avec les inspecteurs, quels documents ils demandaient.»

«Donc par après, un coup qu'on savait que les documents et c'est à partir de ce moment-là qu'on pourrait qualifier le shift de nuit débutait. C'est qu'on produisait les documents pour le lendemain car les inspecteurs demandaient les documents pour la journée suivante.»

«C'est des documents qui étaient fictifs», précise M. Lacroix. Les deux autres membres du «noyau» du «shift de nuit» étaient les vice-présidents Serge Beugré (le principal stratège financier de Norbourg) et l'informaticien Félicien Souka et d'autres, affirme M. Lacroix. Me Alain Dussault (le responsable juridique de Norbourg) et d'autres employés étaient appelés en renfort «dépendamment du fardeau à produire dans les heures qui suivaient». Me Dussault n'a pas rappelé La Presse Affaires à ce sujet.

L'informaticien Souka avait fabriqué un outil informatique «pour établir les états de compte et on pouvait y entrer les données pour faire en sorte que les états de compte reflétaient les demandes de la CVMQ», explique M. Lacroix.