L'histoire de Desjardins Ducharme, l'un des plus grands cabinets d'avocats entièrement québécois, tire à sa fin.

Vincent Brousseau-Pouliot

L'histoire de Desjardins Ducharme, l'un des plus grands cabinets d'avocats entièrement québécois, tire à sa fin.

Créé en 1949, le cabinet d'avocats est sur le point de fusionner avec Lavery, de Billy, un autre cabinet présent uniquement au Québec.

Desjardins Ducharme, qui compte 110 avocats à ses bureaux de Montréal et Québec, a perdu une dizaine d'associés depuis un an. Lavery, de Billy compte 150 avocats à Montréal et à Québec.

Après plusieurs semaines de négociations, les deux parties sont à rédiger un projet d'entente.

«Il semble y avoir une opportunité intéressante avec Lavery, de Billy, un excellent cabinet avec lequel nous avons toujours entretenu de bons liens. Mais comme disent les Anglais, le diable est dans les détails. On peut s'entendre sur des grands principes, ce sont malheureusement des avocats qui rédigent les projets d'entente et il peut parfois y avoir des surprises. Mais je ne vois pas de difficultés insurmontables dans nos discussions avec Lavery», dit Me Gérard Coulombe, président du conseil d'administration de Desjardins Ducharme.

Au cours des derniers mois, Desjardins Ducharme a aussi eu des discussions avec les cabinets Lapointe Rosenstein, de Granpré Chait, Dunton Rainville et de Langlois Kronström Desjardins.

Ce dernier, qui possède aussi un bureau à Québec, était seulement intéressé par le bureau de Desjardins Ducharme à Montréal.

Desjardins Ducharme maintient que le cabinet n'éprouve pas de difficultés financières. Il se cherche un partenaire afin de prévenir une autre vague de départs.

«À la fin du mois de juin, nous étions même en avant de notre budget, dit Me Coulombe. Mais quand vous voyez les départs s'accumuler, vous vous demandez pourquoi. Est-ce notre plan d'affaires? Avons-nous la bonne stratégie? Avons-nous le bon complément de ressources? Ce sont des questions que vous êtes mieux de vous poser quand vous êtes en bonne situation financière.»

Me Coulombe ne cache pas sa préférence pour une fusion. «Sur papier, le statu quo est viable. Mais s'il n'y a pas d'électrochoc, j'ai peur que nous aurons les mêmes problèmes de confiance dans quelques années. Dans un marché aussi volatile que le monde juridique, le succès passe beaucoup par les perceptions de nos employés. C'est pourquoi je préfère un réaménagement de notre cabinet (au statu quo).»

L'abandon de Québec inc.

Desjardins Ducharme est un cabinet de taille moyenne -une cinquantaine d'avocats à Montréal, le même nombre à Québec.

Comme tous les cabinets de taille moyenne, il se retrouve pris en sandwich entre les grands cabinets nationaux, qui emploient chacun plus d'une centaine d'avocats à Montréal, et les petits cabinets spécialisés.

Me Coulombe croit que les cabinets de taille moyenne ont toujours leur place dans le milieu juridique.

«La taille n'est pas nécessairement un problème, dit-il. Ce n'est pas parce qu'une entreprise est grosse qu'elle est rentable. De tous les cabinets d'avocats du monde, le plus rentable est Slaughter and May, une firme de Londres qui est bien loin d'être le plus grand cabinet de Londres ou de New York. Il y a plusieurs cabinets régionaux qui ont développé d'excellents modèles d'affaires, notamment en Alberta et aux États-Unis.»

Desjardins Ducharme a toujours été reconnu comme le cabinet des entreprises québécoises. Or, celles-ci ont graduellement déserté Desjardins Ducharme au profit des cabinets nationaux dont le siège social est à Toronto, selon une source proche du cabinet.

«Dans les années 80 et 90, ça marchait à la planche, dit notre source. Maintenant, les entreprises québécoises font affaire avec les cabinets nationaux de Toronto, qui ont le contrôle sur toutes les transactions. Tous les cabinets régionaux ont fait face au même phénomène, mais ça a fait plus de tort à Desjardins Ducharme.»

«Desjardins Ducharme ne disparaîtra pas, croit notre source. Ils vont se restructurer ou ils vont fusionner. Ils ont d'excellents avocats. Une fusion avec Lavery est une possibilité car ce sont deux cabinets complémentaires. Desjardins Ducharme fait notamment du droit bancaire, contrairement à Lavery.»

Les derniers mois n'ont pas été de tout repos chez Desjardins Ducharme. En plus de l'incertitude entourant son avenir, le cabinet a dû dire adieu à son cofondateur Claude Ducharme, décédé le 24 juin dernier à l'âge de 83 ans.

Me Richard Dolan, associé directeur chez Lavery, de Billy, n'a pas rappelé La Presse Affaires.