En avalant l'allemande Mucos Emulsions la semaine dernière, Atrium (T.ATB) a pris la plus grosse bouchée de son histoire et vu son titre grimper de 30% en quelques jours. Mais c'est à moyen terme qu'on goûtera au plein potentiel de ce coup de filet, croit le grand patron de l'entreprise.

Philippe Mercure

En avalant l'allemande Mucos Emulsions la semaine dernière, Atrium [[|ticker sym='T.ATB'|]] a pris la plus grosse bouchée de son histoire et vu son titre grimper de 30% en quelques jours. Mais c'est à moyen terme qu'on goûtera au plein potentiel de ce coup de filet, croit le grand patron de l'entreprise.

En entrevue jeudi à La Presse Affaires, le nouveau président d'Atrium Innovations, Pierre Fitzgibbon, a expliqué comment il entend utiliser sa nouvelle plate-forme allemande pour faire circuler ses produits d'un océan à l'autre.

Atrium vend des vitamines, minéraux et suppléments alimentaires par l'entremise de sa division santé et nutrition. Elle fournit aussi à des clients comme L'Oréal et Pfizer des ingrédients pour les cosmétiques et les produits pharmaceutiques.

L'entreprise de Québec a mis le grappin sur la société allemande Mucos Emulsions jeudi dernier pour environ 175 millions US. Elle s'approprie ainsi son produit vedette, le Wobenzym, qui est distribué en Europe de l'Est en plus d'être l'anti-inflammatoire le plus vendu d'Allemagne.

«Nous avons acheté ce produit qui performe excessivement bien dans un marché très ciblé, où il a encore un potentiel de croissance organique de 5 à 8% par année. Cette croissance justifie à elle seule notre acquisition, qui s'avère profitable immédiatement. Par contre, nous croyons que le potentiel est beaucoup plus important», a dit M. Fitzgibbon.

Il explique qu'en acquérant Mucos, Atrium n'a pas seulement mis la main sur une marque que des athlètes comme Steffi Graf ont aidé à populariser, mais aussi sur son équipe de 42 vendeurs -«et pas des vendeurs de Tylenol: des vendeurs techniques qui vendent à des fournisseurs et des professionnels de la santé», précise le président.

Son idée est simple: mettre cette équipe à contribution pour écouler les produits existants d'Atrium en Allemagne. Il veut également faire l'inverse: amener le Wobenzym sur les marchés de l'Europe de l'Ouest, d'Asie et d'Amérique du Nord. Pour l'instant, cependant, un pépin bloque l'accès aux États-Unis.

«Il y a un conflit entre la compagnie allemande et le distributeur américain sur des aspects très techniques. Et ce que nous voulons faire, c'est résoudre éventuellement ce conflit», dit M. Fitzgibbon, qui parle d'une question de mois pour régler la question.

«L'ampleur du marché américain par rapport à l'Allemagne, c'est du 10 pour 1, ajoute-t-il. Ça ne veut pas dire qu'on peut faire des règles de trois directement comme ça, mais c'est clair que le potentiel est énorme.»

M. Fitzgibbon, qui est en poste depuis à peine deux semaines chez Atrium -il était auparavant premier vice-président, finances, technologies et affaires corporatives, à la Banque Nationale- affirme de pas avoir l'intention de modifier la stratégie d'affaires d'Atrium.

Ancien conseiller financier de l'entreprise, il dit avoir été attiré par son équipe de gestion et son modèle d'affaires «unique au Québec» -Atrium, contrairement aux biotechs conventionnelles, compte sur des revenus récurrents plutôt que de créer des pertes financières en investissant massivement en recherche et développement. L'entreprise a d'ailleurs changé son nom d'Atrium Biotechnologies à Atrium Innovations en mai dernier pour éviter la confusion.

M. Fitzgibbon révèle aussi que l'acquisition de Mucos Emulsions a amené le ratio dette/avoir de l'entreprise à 60%, soit «légèrement au-dessus de notre cible de 40 à 45%».

Il ne s'en inquiète toutefois pas outre mesure étant donné les flux monétaires «importants» de l'entreprise.

Cet endettement pourrait-il freiner la capacité d'Atrium de réaliser d'autres acquisitions?

«La limitation n'est pas financière: il y a toujours de l'argent disponible pour de bonnes transactions, répond-il. L'enjeu, c'est plutôt de bien digérer nos acquisitions avant d'en faire d'autres.»

«On doit renforcer notre système en faisant de petites acquisitions ponctuelles, ajoute-t-il. Et il pourrait aussi y avoir des acquisitions plus importantes comme celle de Mucos. Le tout est de saisir les occasions.»

Le titre d'Atrium a perdu 19 cents, ou 0,68%, vendredi, à la Bourse de Toronto, pour clôturer à 27,81$. Il s'échangeait dans les 20$ il y a un mois.