Les ménages devront vraisemblablement patienter encore plusieurs mois avant que la flambée des prix à la pompe et à l’épicerie se modère, prévient l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, Jimmy Jean.

Publié le 24 mai
Stéphane Rolland La Presse Canadienne

Le Mouvement Desjardins anticipe que le taux d’inflation au Québec sera d’environ 6 % en 2022, mais pourrait redescendre à 2,2 % en 2023. « Dans notre scénario, on a un ralentissement de l’économie et le ralentissement de l’économie fait en sorte que l’inflation en vient à connaître une modération », explique-t-il en entrevue, mardi, en marge d’une conférence virtuelle où il discutait des prévisions économiques de son équipe.

Le resserrement de la politique monétaire des banques centrales au Canada et aux États-Unis devrait contribuer à freiner la surchauffe économique qui génère de l’inflation, selon l’économiste. Il anticipe aussi une amélioration de la chaîne d’approvisionnement et il espère une réduction des tensions géopolitiques en Ukraine.

La modération de l’inflation ne veut pas dire que les prix reviendraient là où ils étaient, nuance-t-il. « Ça veut quand même dire que les prix continuent à croître, mais qu’ils continuent d’augmenter moins rapidement. »

Pour contrôler l’inflation, la Banque du Canada a commencé à relever son taux directeur en mars. Le taux qui était à 0,25 % depuis 22 mois a été relevé à deux reprises depuis pour s’établir à 1 %. La prochaine décision de la banque centrale aura lieu le 1er juin.

M. Jean prévoit que le taux directeur pourrait monter jusqu’à 2,25 % d’ici à la fin de l’année. Il anticipe que le taux directeur pourrait demeurer stable en 2023. Son équipe prévoit même un taux de 2 % à la fin de l’année 2023.

Un effet sur les taux hypothécaires

L’effet se ressent sur les taux hypothécaires qui ont progressé dans les derniers mois. « Les risques à l’inflation demeurent à la hausse, si notre tolérance aux hausses est un peu plus faible, ça pourrait être mieux de prendre un taux fixe en ce moment », a-t-il dit au cours de sa présentation virtuelle.

Sur son site, le courtier hypothécaire Multi-Prêts affichait, mardi, un taux fixe de cinq ans de 4,14 % et un taux variable à 2,25 %.

Consolation pour les ménages qui vont renouveler leur prêt hypothécaire dans les prochains mois, le taux fixe de cinq ans pourrait avoir déjà fait une bonne partie du chemin qu’il devait faire. « Le gros de l’augmentation des taux a eu lieu en ce qui concerne le taux fixe, prédit M. Jean en entrevue. Le taux variable, lui, va continuer d’augmenter à cause de la politique monétaire. »

Le taux hypothécaire fixe de cinq ans est influencé par les taux obligataires cinq ans, qui, eux, sont influencés non seulement par la Banque du Canada, mais aussi par les prévisions des investisseurs sur les taux futurs. « Tandis que les taux variables sont davantage influencés par les taux du moment », précise-t-il.

Le taux hypothécaire fixe prend donc en considération les prévisions économiques du marché. « Il faudrait d’autres surprises sur l’inflation [pour que les taux fixes connaissent une forte hausse]. »

Le spectre d’une récession

En essayant de contrôler l’inflation, les banques centrales courent le risque de provoquer une récession. Pour le moment, M. Jean anticipe un atterrissage en douceur, mais admet qu’il s’agit d’un risque.

Ses prévisions tablent sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) réel de 3,5 % en 2022, puis sur une progression plus lente à 1,3 % en 2023.

Lorsqu’on lui demande si les banques centrales sont parvenues par le passé à faire atterrir l’économie en douceur, M. Jean lâche un rire. « Ça s’est déjà vu, mais sur les 11 derniers cycles de resserrement, il y a en huit qui se sont terminés en récession et seulement trois où un atterrissages en douceur a été réussi. »

Il faut faire attention avant d’en tirer la conclusion qu’une récession est inévitable, nuance-t-il. Les modèles économiques « classiques » ne pointent pas vers une récession dans les 12 prochains mois, mais il n’est pas impossible que ce scénario se concrétise sur un horizon plus lointain en raison de la hausse des taux d’intérêt, ajoute-t-il

M. Jean souligne qu’il y a plusieurs facteurs différents par rapport aux précédents cycles où les banques centrales ont tenté de contrôler l’inflation. Il note que les ménages disposent davantage d’épargne au sortir de la pandémie. Les marges bénéficiaires des entreprises sont sous pression en raison de l’inflation, mais elles descendent d’un seuil élevé. « C’est pour ça que je ne me prononce pas de manière affirmée là-dessus [sur la possibilité qu’il y ait ou non récession], car il y a beaucoup de pièces mouvantes. »