Groupe Sélection, déjà classé au sommet des promoteurs spécialisés dans le développement et la gestion de complexes immobiliers pour personnes âgées au Canada, n’a pas fait une croix sur la croissance de ses activités alors que le groupe, fondé et dirigé par Réal Bouclin, prévoit investir pas moins de 1 milliard par année au cours des sept prochaines années dans plusieurs projets résidentiels de logements locatifs mixtes, dont le plus important reste celui du site de la brasserie Molson. Le PDG nous explique sa vision du développement à venir.

Publié le 21 déc. 2021
Jean-Philippe Décarie
Jean-Philippe Décarie La Presse

Q. Groupe Sélection et sa division Sélection Retraite occupent une place importante dans la gestion et le développement de résidences pour personnes âgées au Québec. Quels sont vos projets immédiats ?

R. On poursuit notre expansion, comme en témoigne notre nouvelle association avec le groupe Blackstone, qui est devenu notre nouveau partenaire dans l’immobilier, et on prévoit dévoiler au printemps prochain notre nouveau plan de développement.

Essentiellement, on prévoit investir 7 milliards au cours des sept prochaines années dans de nouveaux projets immobiliers, dont le plus important est celui du développement du site de la brasserie Molson, où on prévoit investir entre 2,5 et 3 milliards dans la construction de 6000 unités, dont 90 % vont être des logements locatifs. Il y a une pénurie de logements présentement, et nous, ce qu’on veut, c’est répondre à ça.

Q. Vous êtes associé avec le groupe Montoni et le Fonds de solidarité FTQ pour réaliser ce vaste projet. Quelle est votre implication exacte et à quel moment prévoyez-vous le lancer officiellement ?

R. C’est Sélection qui est responsable de tout le développement des 6000 logements. On est aussi l’actionnaire principal du projet avec une participation de 40 %. On prévoit présenter notre plan final d’ici le mois de juin. Il reste quelques petites choses à régler avec la Ville de Montréal, mais en passant, les négociations vont très bien. On va être en mesure d’annoncer tout ça au printemps.

Q. Est-ce que vous pouvez me résumer, en quelques chiffres clés, ce que représente Groupe Sélection ?

R. On a 5,5 milliards d’actifs, 15 000 unités de logement, plus de 5000 employés, dont 3000 qui sont responsables des opérations courantes dans nos complexes d’habitation et 2200 qui sont dans notre division de développement, c’est-à-dire la construction, l’ingénierie, l’architecture, l’innovation, l’électricité, la plomberie…

Q. Vous construisez vous-mêmes tous vos projets immobiliers ?

R. Oui, on est le seul groupe au Canada à être complètement intégré de la sorte. On a commencé cette verticalité en 2005-2006 en décidant de réaliser nous-mêmes toutes les étapes de nos projets, de la conception à la fabrication, de l’ingénierie à l’architecture et des fondations à la toiture.

Cela nous permet d’économiser au moins 12 % sur la facture totale d’un projet. On garde les sous-traitants pour certains travaux spécifiques, comme les ascenseurs.

Q. Vous êtes l’un des principaux gestionnaires de résidences pour personnes âgées au Québec. Vous êtes propriétaire de combien de RPA ?

R. On est propriétaire et on gère plus de 50 résidences pour personnes âgées, où nos équipes offrent un régime de vie qui favorise une plus grande autonomie pour nos aînés avec des activités physiques, cognitives, récréatives et alimentaires. La socialisation génère une émulation et améliore la qualité de vie de nos résidants.

On est aussi en train de construire 10 nouveaux complexes d’habitation mixtes, qui comprennent des RPA et des projets multigénérationnels, et 10 autres projets qui sont en préparation. Dans cinq ou six ans, on va avoir une vingtaine de complexes d’habitations mixtes.

Q. Pourquoi cette diversification, la démographie ne sous-tend-elle pas une hausse marquée de la représentation des personnes âgées au cours des 20 prochaines années ?

R. Oui, absolument. Présentement, les 65 ans et plus composent 16 % de la population et leur proportion sera de 28 % dans 10 ans. Mais on a un centre de recherche à l’interne qui sonde les besoins des gens et qui nous a appris que 85 % des personnes âgées souhaitaient vivre dans un environnement multigénérationnel.

Les gens veulent avoir accès à des soins, des activités récréatives et une alimentation saine que l’on peut leur offrir à domicile, et c’est pourquoi on construit des tours pour les 70 ans et plus avec services à la carte et qui se retrouvent dans des complexes mixtes comme on l’a fait à Rosemont.

Dans ces complexes mixtes, on propose des tours d’habitation pour jeunes de 25 à 35 ans, des tours pour jeunes familles, d’autres pour les 45-65 ans et plus sans enfant et enfin des tours pour les 70 ans et plus avec services à la carte. Ce sont tous des logements locatifs, on répond à un besoin dans le marché.

Les RPA génèrent aujourd’hui 85 % de nos revenus, mais d’ici quelques années, nos complexes multigénérationnels devraient représenter 50 % de nos revenus.

Q. Comment arrivez-vous à financer tous vos projets sans trop alourdir votre endettement ?

R. Groupe Sélection finance lui-même les opérations du groupe. On a des banquiers, mais on essaie de maintenir un niveau d’endettement qui nous permet de passer à travers des moments plus difficiles.

On a toutefois des partenaires financiers pour réaliser nos investissements immobiliers. On a le fonds PSP qui a été investisseur chez nous et maintenant, il y a le groupe Blackstone qui a pris une participation dans notre capital. On détient toutefois 40 % des actions de notre division immobilière.

Q. Comment est né Groupe Sélection ?

R. Quand j’ai terminé l’université, en 1989, j’ai acheté un triplex avec des amis, que j’ai revendu, et j’ai investi avec mon frère qui était psychoéducateur dans des logements supervisés pour des patients psychiatrisés. On les détient encore, d’ailleurs.

On a par la suite acheté une maison de pension d’une vingtaine de chambres sur le boulevard Saint-Michel et c’est là que j’ai compris que l’on pouvait offrir plus de soins et de services en construisant des centres avec plus de densité. On a commencé à créer des milieux de vie pour personnes âgées comme l’ont fait le groupe Soleil ou Maurice, et on s’est challengés les uns les autres pour devenir meilleurs.