De l’avis du président du conseil d’administration de Cogeco, Louis Audet, il est « grand temps que le salaire minimum soit augmenté de façon significative » jusqu’aux environs de 20 $ l’heure afin de « valoriser la contribution de chaque personne dans la société et ainsi contribuer à protéger notre démocratie ».

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Dans un discours devant le Cercle canadien de Montréal, l’une des principales tribunes d’affaires de la métropole, Louis Audet a fait part de ses préoccupations en matière de « justice sociale » suscitées par les écarts de revenus qui persistent en dépit des mesures fiscales et budgétaires des gouvernements.

« Il est normal qu’il existe des disparités de revenus qui dépendent des efforts et des sacrifices consentis qui varient d’une personne à une autre. Mais les forces du marché, laissées à elles-mêmes, menacent la stabilité des démocraties à moyen et à long terme, a soutenu M. Audet. Le Canada maintient son harmonie grâce aux transferts fiscaux entre les familles. Mais cela, à mon avis, ne valorise pas adéquatement le travail de chacun. C’est pourquoi le salaire minimum doit d’urgence être augmenté, et pas de façon timide, comme ce qui se fait depuis des années. »

Sur cette lancée, le président du conseil de Cogeco a suggéré à son auditoire de gens d’affaires qu’ils devraient « avoir la conviction d’inciter les gouvernements à aller plus loin vers une valorisation adéquate du travail ». « Pour ma part, aller plus loin ne veut pas dire passer de 13,50 $ à 14 $ [pour le salaire minimum]. J’invite plutôt les gouvernements à se demander si le niveau ne devrait pas se situer autour de 20 $. Je pense que nous devons tenter des choses qui font une vraie différence. »

Impôt de succession

Le président du conseil de Cogeco a aussi consacré une part importante de son discours à critiquer l’impôt sur les successions d’entrepreneurs, le qualifiant « d’erreur fiscale qui doit être corrigée » parce qu’il « décourage l’entrepreneuriat familial ».

« Au décès d’un entrepreneur, un impôt de 27 % est perçu sur l’augmentation de valeur de sa succession. La conséquence directe de cet impôt, c’est que les descendants d’entrepreneurs sont confrontés à un paiement immédiat de 27 % de la valeur marchande des actions de l’entreprise familiale », a expliqué Louis Audet, lui-même à la tête d’un groupe d’entreprises sous contrôle familial, Cogeco et sa filiale Cogeco Communications, dont la valeur boursière totale approche les 6,4 milliards. « Bon nombre de familles [d’entrepreneurs défunts] ne sont pas en mesure de faire face à une telle exigence : elles sont donc forcées de vendre. La continuité de la passion familiale pour un produit ou un service est donc perdue. Un nouveau propriétaire est requis et on repart à zéro. »

C’est ainsi que « la fiscalité canadienne décourage l’entrepreneuriat familial », de l’avis de Louis Audet.

Puis, citant une étude sur l’impôt des successions dans les pays de l’OCDE qui sont de taille économique comparable au Canada, et qu’il a commandée auprès de la firme-conseil montréalaise Louis Caouette, il a soutenu devant son auditoire d’affaires : « Vous serez étonnés d’apprendre qu’un tel impôt n’existe pratiquement pas dans les 14 pays, surtout européens, que nous avons analysés. »

Selon Louis Audet, ces pays qu’il considère comme plutôt égalitaires dans leur politique économique et fiscale ont minimisé l’impôt sur les successions afin de « protéger leur infrastructure industrielle en favorisant le maintien de la propriété nationale de leurs entreprises à contrôle familial qui créent de nombreuses retombées économiques dans leur pays d’origine et ont souvent une vision à plus long terme ».

Dans ce contexte, le dirigeant de l’une des plus importantes fortunes familiales d’affaires au Québec soutient que « cette taxe [sur les successions d’entrepreneurs] introduite en 1971 au Canada ne cadre pas avec les impératifs industriels contemporains que [ses pays] pairs ont correctement identifiés ».

« Cette erreur fiscale est unique à notre pays et doit être corrigée. J’invite donc les deux paliers de gouvernement [fédéral et québécois] à mettre fin à cet impôt de façon urgente », a demandé Louis Audet. « Québec a déjà posé un geste important en acceptant de différer sa part de cet impôt [sur les successions d’entrepreneurs] pour une période de 20 ans. C’est un bon début. Mais le gouvernement fédéral n’a pas encore agi. »

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