La remontée des taux d’intérêt au Canada pourrait survenir plus tôt que prévu durant la première moitié de l’année prochaine, entraînant avec elle un décollage des coûts d’emprunt encore très bas historiquement.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

C’est ce qui se dégage des commentaires d’économistes des principales institutions bancaires au pays dans la foulée de la plus récente mesure de l’inflation, annoncée mercredi à 4,4 %. Il s’agit du plus haut niveau en 18 ans, plus de deux fois supérieur au taux d’inflation cible de 2 % défini par la Banque du Canada.

« Les attentes d’une réaction de la Banque du Canada à la reprise de l’économie et à la forte inflation avec des hausses de taux d’intérêt ont augmenté ces derniers jours », constate pour sa part James Marple, économiste principal à la Banque TD, dans une note aux clients emprunteurs et investisseurs de la banque.

« La remontée des taux d’intérêt ne surviendra peut-être pas aussi tôt que les marchés financiers s’y attendent actuellement, mais les risques se déplacent certainement vers une remontée plus hâtive que tardive. »

Dans la mise à jour de leurs prévisions de taux d’intérêt, les économistes de la TD prévoient maintenant le doublement (de 0,25 % à 0,50 %) du taux directeur de la Banque du Canada d’ici un an. Cette remontée pourrait aussi s’accentuer l’année suivante, en 2023, jusqu’au niveau de 1,5 % au quatrième trimestre de 2023.

Du côté des économistes de la Banque Scotia, les prévisions de taux d’intérêt d’ici deux ans ont aussi été relevées de plusieurs crans ces derniers jours.

Ils s’attendent maintenant à ce que le taux d’escompte de la Banque du Canada s’élève à 1,25 % d’ici un an, soit cinq fois plus que le taux courant de 0,25 %, et presque deux fois plus que leur prévision antérieure de 0,75 % maintenue jusqu’en septembre.

Par la suite, les économistes de la Banque Scotia s’attendent à ce que le taux d’escompte au Canada double encore durant l’année suivante, en 2023, pour s’élever aux environs de 2,25 % durant le quatrième trimestre.

Desjardins

« Les derniers évènements, en particulier la hausse des risques d’une poussée plus durable de l’inflation, augmentent la pression sur les banques centrales », signalent pour leur part les économistes du Mouvement Desjardins dans la mise à jour de leurs « Prévisions économiques et financières », publiée jeudi.

« La Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque du Canada risquent ainsi d’agir un peu plus tôt que ce que nous anticipions précédemment. Nous prévoyons maintenant une première augmentation des taux directeurs canadiens en juillet 2022, plutôt qu’en octobre. »

Dans leurs nouvelles prévisions de taux, les économistes de Desjardins estiment désormais que le taux d’escompte [au détail] au Canada pourrait doubler d’ici un an, passant de 0,5 % ces temps-ci à 1 % en fin d’année 2022. Ce taux d’escompte pourrait encore doubler l’année suivante, en 2023, pour franchir le seuil des 2 %.

Hypothèques

À l’égard du marché hypothécaire, les prévisions de taux mises à jour par les économistes de Desjardins suggèrent une remontée de l’ordre de trois quarts de point à un point de pourcentage d’ici un an, selon les différents termes des prêts hypothécaires.

Mais dans le milieu des courtiers hypothécaires, « l’imminence d’une hausse de taux d’intérêt est peu inquiétante [pour les clients emprunteurs] étant donné que, depuis des années, tous nos dossiers doivent se qualifier financièrement sur un taux d’intérêt beaucoup plus haut [2 % de plus] que celui offert », indique Véronique Caron, gestionnaire d’équipe de la firme de courtage hypothécaire Multi-Prêts, dans un échange de courriels avec La Presse.

N’empêche, souligne-t-elle, « nous ressentons depuis quelques mois que les prêteurs sont devenus un peu plus sélectifs sur le type de dossiers autorisés. Ils veulent plus que jamais vérifier la solvabilité des clients [emprunteurs] avant d’autoriser un prêt. Ils sont plus pointilleux. »