L’histoire a commencé il y a cinq ans, sur les réseaux sociaux, mais pour moi et bien d’autres, c’est en décembre dernier que tout a décollé, avec une vidéo sur Instagram.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

On y entendait un minuscule chien, un lévrier italien, vêtu de tenues aussi drôles que colorées, dignes de défilés de mode, se plaindre, grâce à la voix exaspérée d’une humoriste américaine en trame sonore, d’avoir été incapable de porter ses vêtements préférés à cause du confinement de 2020.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRECHETTE, LA PRESSE

Tikka the iggy, chien vedette, et son maître Thomas Shapiro

« Ça, j’adore, mais je n’ai jamais pu le porter », disait le chien, affublé d’une sorte de manteau en fausse fourrure multicolore, puis d’une tenue arc-en-ciel, puis d’un ensemble de type sportif jaune à rayures blanches, puis d’un pull en tricot orange brûlé orné de pompons bleus aux pieds et aux oreilles…

« Ça ? Pas pu le mettre. » « Ceci ? Non ! »

> Regardez la vidéo de Tika

J’ai dû regarder cette vidéo 50 fois depuis, en riant à gorge déployée chaque fois, vidéo qui a été vue 41 millions de fois sur TikTok et plus de 25 millions de fois sur Instagram jusqu’à présent.

Et je ne suis pas la seule à être devenue accro de la petite Tika.

Son compte Tika the Iggy – iggy est le surnom des lévriers italiens en anglais – a attiré maintenant plus de 1 million d’abonnés sur Instagram et même un peu plus sur TikTok.

Et depuis la fameuse vidéo, la chienne montréalaise de 9 ans, sensation de Ville-Émard et influenceuse canine, fait parler d’elle partout. Même l’actrice Priyanka Chopra, qui compte près de 61 millions d’abonnés sur Instagram, a fait appel à celle qu’elle appelle la « magnat de la mode », Tika, pour lui demander des conseils sur ses tenues à la veille de sa tournée de promotion pour son nouveau livre. Et elle en a fait une vidéo hilarante. Et les médias du monde entier ont aussi sauté sur le phénomène Tika, dont Vogue, bible de la mode, et le Financial Times.

L’éminent quotidien économique britannique lui a en effet consacré un article en début de semaine. Parce qu’au-delà de la qualité ludique de leur présence sur les réseaux sociaux, « de tels chiens vedettes sur Instagram, pouvait-on lire, sont en train de faire carburer le marché du vêtement canin ».

Et, aurait-on pu ajouter, de faire croître drôlement toute une nouvelle catégorie d’influenceurs sur les réseaux sociaux.

  • Tikka the iggy, chien vedette, et son maître Thomas Shapiro

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    Tikka the iggy, chien vedette, et son maître Thomas Shapiro

  • Tikka the iggy, un chien vedette

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    Tikka the iggy, un chien vedette

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Tika fait de la promo pour des bijoux – destinés aux humains – pour Shopify, pour les hôtels Germain, pour une émission de télé (Pooch Perfect) et, évidemment, pour plusieurs marques de vêtements pour chiens. Certaines collaborations se passent directement sur les réseaux sociaux, où le chien influenceur présente donc des produits dans ses publications contre rémunération. Mais Tika fait aussi des photos pour des campagnes de publicité traditionnelles. Récemment, par exemple, elle a servi de mannequin au géant Zara. Elle a une agence à New York, The Dog Agency.

« On aide les petites entreprises, on est approchés par de grandes marques. Évidemment, souvent par des sociétés de produits pour chiens », explique Thomas Shapiro, propriétaire du petit chien, avec son mari.

M. Shapiro a un emploi à temps plein de développeur de sites web à Montréal et n’entend pas le quitter. « J’aurais pu démissionner il y a un moment et gagner ma vie grâce à Tika », confie-t-il en entrevue. « Mais je ne veux pas prendre le risque que tout ça ne soit plus juste pour le plaisir, que ça ne soit plus juste amusant. »

Thomas Shapiro trouve un peu drôle le fait que, soudainement, le monde découvre qu’il existe un marché assez niché, néanmoins prospère et développé, autour de la mode pour chiens.

On parle ici d’un univers qui n’a rien à voir avec les compétitions de toilettage et de dressage – un monde en soi –, mais bien de vêtements pour toutes ces races de chiens qui ont facilement froid, comme les lévriers.

« Sur l’internet, on trouve vraiment toutes sortes de choses », dit-il.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Tikka the Iggy, chien vedette

Et chez lui, il y a effectivement quatre grosses boîtes remplies de toutes petites tenues de toutes les couleurs, de tous les styles et taillées dans tous les tissus.

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Est-ce la vie dans le monde confiné qui nous fait explorer notre propre quotidien différemment ? En cherchant de nouvelles avenues d’amusement et de découvertes ? Est-ce l’évolution de la société vers une plus grande conscience environnementale qui font poser les humains un regard plus respectueux sur leurs animaux de compagnie ? Comme s’ils se sentaient de moins en moins rois et maîtres ? Est-ce le marché qui cherche de nouvelles frontières ?

Dans l’article du Financial Times, on dit que les ventes de vêtements pour chiens chez John Lewis, chaîne de grands magasins britannique, ont augmenté de façon explosive l’an dernier : 420 % en ce qui concerne les manteaux et 2200 % en ce qui concerne les pulls.

Et toujours selon le journal britannique, qui cite la firme de recherche Euromonitor International, le marché mondial des produits pour animaux – autres que la nourriture –, qui est actuellement de 28 milliards de dollars américains, pourrait grimper à 32 milliards en 2023.

Même moi, qui ai toujours regardé le phénomène avec un œil plutôt critique, j’ai fini par acheter de petites bottes à 31 $ pour mon grand caniche cet hiver.

Et quand j’ai voulu en acheter une deuxième paire de sa pointure, chez Canada Pooch, elles étaient en rupture de stock.

Ça m’a quand même permis de traîner sur le site et de regarder les doudounes pour chien à 71 $, les molletons à 62 $, les vestes en tissu réfléchissant pour les marches nocturnes à 53 $, les tuques à pompon à 20 $…

Nouveau marché, dites-vous ?

On n’arrête pas le progrès.