(Londres) Le géant des hydrocarbures BP a enregistré une perte nette abyssale de 20,3 milliards de dollars en 2020 à cause d’un effondrement de la consommation et des cours du pétrole engendré par la crise sanitaire, mais entrevoit un rebond du marché.

Jean-Baptiste OUBRIER
Agence France-Presse

Le britannique avait réalisé un bénéfice net de 4 milliards de dollars en 2019 avant l’apparition de la pandémie, rappelle-t-il dans un communiqué mardi.

« Notre secteur a été durement touché. Le transport routier et aérien est en recul, tout comme la demande de pétrole, les prix et les marges », résume Bernard Looney, directeur général de BP.

Avec la chute de la consommation d’hydrocarbures, surtout au printemps dans la foulée des premiers confinements, les cours pétroliers sont tombés à des tréfonds historiques jusqu’en territoire négatif début avril.

Ils sont remontés un peu au-dessus de 50 dollars désormais, mais restent inférieurs à leur niveau de tout début 2020.

BP observe que les prix ont progressé depuis fin octobre, aidés par l’effort des pays de l’OPEP et ses partenaires pour réduire la production et plus récemment par les espoirs autour du déploiement des vaccins.

« Nous attendons des jours bien meilleurs pour nous tous en 2021 », selon M. Looney.

Le groupe prévoit une reprise de la demande cette année, mais s’attend à souffrir au premier trimestre en raison des nouvelles restrictions face aux variants du virus.

Son chiffre d’affaires annuel a chuté de 35 % à 180,4 milliards de dollars.

BP a subi des pertes lors des trois premiers trimestres de l’année, notamment une perte gigantesque de 16,8 milliards de dollars au deuxième trimestre, reflétant d’énormes dépréciations d’actifs afin de tenir compte du choc durable de la crise sanitaire sur les cours du brut.

Virage vert ?

Il est toutefois parvenu à revenir dans le vert au quatrième trimestre avec un bénéfice net de 1,36 milliard de dollars grâce à la vente pour 5 milliards de dollars de ses activités pétrochimiques au britannique Ineos.

La cote londonienne sanctionnait le titre de son côté, d’autant que les pertes sont plus élevées que prévu. L’action perdait 2,77 % vers 11 h GMT dans un marché en hausse.

Face à la crise, BP a mis en place un programme d’économies de 2,5 milliards de dollars d’ici 2021, ce qui passe par la suppression de 10 000 emplois dans le monde, soit 15 % de ses effectifs.

Le groupe précise mardi que plus de la moitié de ces réductions d’effectifs a eu lieu à la fin 2020.

Il a par ailleurs réalisé une majorité de son programme de cessions d’actifs d’un montant total de 25 milliards de dollars d’ici 2025. Il compte vendre des activités pour 4 à 6 milliards de dollars en 2021.

La crise sanitaire l’a contraint en outre à réduire son dividende pour la première fois depuis la marée noire de 2010 consécutive à l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique.

L’année écoulée, la première sous la direction de M. Looney, a été marquée par un virage « vert » pris par BP. Il a déjà annoncé vouloir multiplier par 10 ses investissements dans les énergies à faibles émissions carbone d’ici 2030, pour atteindre 5 milliards de dollars par an, notamment dans les renouvelables.

Le groupe va notamment se lancer sur le marché de l’éolien en mer via un partenariat avec le groupe norvégien Equinor aux États-Unis.  

« Cela tombe à point nommé compte tenu de l’agenda vert de la nouvelle administration Biden », selon Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

« Nous sommes ravis » que les États-Unis aient réintégré l’accord de Paris sur le climat, a d’ailleurs déclaré M. Looney, lors d’une conférence téléphonique.

« Un de leur objectif est de doubler l’éolien en mer et nous avons hâte de les y aider », a-t-il ajouté.

Dans le même temps, BP veut réduire la voilure dans l’exploration d’énergies fossiles afin de respecter ses engagements de devenir neutre en carbone d’ici 2050 et en voulant être rentable avec un prix du pétrole à 40 dollars.

Un dilemme d’après Russ Mould, analyste chez AJ Bell, puisque « la production de pétrole et de gaz paie les factures et le dividende ».